Le monde automobile, une citadelle hostile aux femmes

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Michelle Krebs (debout), première analyste chez Auto Trader, s'adresse au parterre de professionnels lors d'un déjeuner-causerie sur les tendances de l'industrie automobile. À sa gauche Rebecca Lindland, première analyste chez Kelly Blue Book, ainsi que Jonathan Smoke et Charlie Chesbrough, tous deux économistes chez chez Cox Automotive. L'événement a eu lieu dimanche matin en marge du Salon de l'auto de Détroit.

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Agence France-Presse
DÉTROIT

Dans le milieu de l'automobile dominé par les hommes, quelques femmes ont réussi à se faire une place et s'y sont accrochées en dépit du sexisme ambiant, des discriminations et des inégalités salariales.

Maryann Keller, 74 ans, Michelle Krebs, 62 ans, et Rebecca Lindland, la quarantaine, affirment toutefois n'avoir pas été victimes de harcèlement sexuel comparable aux victimes supposées du producteur Harvey Weinstein, dont les récits ont libéré la parole des femmes sur les abus d'hommes puissants via le mouvement Me too.

Analystes du secteur automobile dont elles connaissent à fond les arcanes, Keller, Krebs et Lindland sont régulièrement sollicitées sur la bataille entre constructeurs américains et japonais, les ambitions de Tesla ou encore le bras de fer BMW-Mercedes-Benz.

«Incidents débiles»

Interrogées par l'AFP en marge du salon de Detroit, elles sont formelles: elles n'étaient pas bienvenues dans le Old boys club automobile.

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Rebecca Lindland, première analyste chez Kelly Blue Book, lors de sa participation à déjeuner-causerie sur l'industrie automobile dimanche dernier à Détroit. Photo: AFP

«Quand j'ai débuté, il y avait beaucoup de scepticisme. Certains pariaient que je n'allais pas faire long feu», raconte Michelle Krebs, première analyste chez AutoTrader.com.

«Je n'étais pas prise au sérieux», enchérit Maryann Keller, qui a longtemps été analyste financière à Wall Street, un autre univers masculin, avant de devenir experte auto et de monter son propre cabinet Maryann Keller & Associates.

«Il y a eu des incidents débiles», poursuit-elle, évoquant notamment des «commentaires très inappropriés» d'un représentant commercial lors d'un voyage professionnel. Elle hésite, marque une pause et finalement préfère le garder pour elle.

Michelle Krebs et Rebecca Lindland évoquent le manque de considération, les discriminations et le sexisme dont elles disent avoir été victimes.

«J'ai toujours eu l'impression que je devais faire mes preuves, que je devais en faire plus», narre Lindland.

Golf, pêche et course automobile

«Il y avait des liens et des cercles entre les hommes auxquels les femmes n'avaient pas accès. Je ne jouais pas au golf; la pêche n'était pas mon hobby; je n'étais pas passionnée par les courses de voitures», dit Krebs.

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«Quand nous allions tester les véhicules, personne ne voulait monter avec moi», se souvient Michelle Krebs. Photo: AFP

«Quand nous allions tester les véhicules, personne ne voulait monter avec moi», se souvient cette ancienne journaliste, qui a débuté sa carrière dans l'automobile en 1980 dans un journal local du Michigan. 

Première femme à évaluer les voitures pour le New York Times dans les années 1990, Michelle a attiré les insultes de lecteurs misogynes.

«Les femmes n'ont rien à faire à écrire sur les voitures. Leur place est à la cuisine à préparer des biscuits», lui écrira un abonné texan.

Pour Rebecca Lindland, passionnée des voitures dès 9 ans et analyste chez Kelley Blue Book, les salons automobiles s'apparentent à des cauchemars: «On considère que je ne suis pas là pour travailler».

Si elles disent gagner la même chose que leurs collègues masculins, elles affirment que ça n'a pas toujours été le cas.

«Il ne fait aucun doute dans mon esprit que moi et des collègues féminines avons été payées moins (...). C'est probablement la chose la plus frustrante et agaçante pour moi», avance Rebecca.

Les groupes automobiles ont fait ces dernières années des efforts pour attirer des femmes mais la plupart des états-majors restent masculins.

Mary Barra a amené un grand changement

«Il y a des postes "réservés" aux femmes. Elles peuvent être économistes, dans les ressources humaines mais chefs d'usine on n'en voit pas beaucoup», fustige Maryann Keller.

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Mary Barra est pdg et président du conseil de General Motors. Photo: Keystone, via AP

L'Américaine Mary Barra, aux commandes de General Motors depuis 2014, est la seule femme patronne d'un grand groupe automobile.

«Son ascension a été déterminante pour les femmes. C'était la preuve que le plafond de verre pouvait être percé», avance Mme Keller, qui se souvient toutefois que de nombreuses questions sur la légitimité de Mme Barra étaient apparues à l'époque, ce qui n'a pas été le cas, selon elle, lors de la nomination en 2017 de Jim Hackett à la tête de Ford. Ce dernier n'avait pas grande expérience dans l'automobile à la différence de Mme Barra, qui y a fait toute sa carrière.

«C'est parce qu'elle était une femme», estime Maryann Keller, qui assimile la perception des femmes dans l'automobile à l'approche des constructeurs vis-à-vis de cette clientèle.

«Jusqu'aux années 90, quand une femme allait chez un concessionnaire, ce dernier se disait «elle va finir par ramener son mari, son frère ou son père»», avance-t-elle.

Il a fallu souvent de nombreuses années aux trois femmes pour gagner le respect.

«Je me souviendrai toujours du jour où ils m'ont dit «maintenant nous savons que tu as de l'essence dans le sang»», sourit Rebecca.




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