Banc d'essai Dodge Charger 392: désir de transgression

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Si vous avez perdu votre âme d'automobiliste au début des années 70, voilà l'occasion de la racheter. C'est le matricule de cette Dodge Charger qui, sans pour autant verser dans l'infantilisme et la déresponsabilisation, nous rappelle que pour rester jeune, il faut savoir rester enfant. N'est-ce pas finalement plus facile ?

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Les symboles de l'enfance ont envahi le monde de la consommation adulte. L'industrie de la musique réhabilite le vinyle, le cinéma fait de même avec les héros de bandes dessinées. Et l'automobile ? Elle revisite aussi ses vieux succès ou, à tout le moins, s'inspire de ceux-ci. À cet égard, la Charger 392 de Dodge a tout d'une « machine à remonter le temps ». Enfin, presque.

Architecture classique

Son architecture classique - moteur à l'avant et roues arrière motrices -, ses dimensions imposantes sans oublier l'inimitable gargouillement de ses échappements « libres » font référence à un passé qui, dans l'esprit de plusieurs, symbolise une époque de gaspillage d'une énergie devenue aujourd'hui tarissable, coûteuse et sale. Dès lors, faut-il diaboliser cet exercice de ramener les « plaisirs d'antan » à l'avant-scène de crainte de se faire taxer de « pas sérieux » ?

À en juger par la réaction qu'elle suscite sur son passage, la Charger 392 ne choque personne. Pas même les environnementalistes, qui voient en elle la dernière salve avant l'extinction de cette race qu'ils croyaient pourtant éteinte depuis déjà 40 ans... La faute à certaines avancées techniques.

Sans être un parangon de sobriété, le V8 6,4 L qui la fait vibrer affiche une consommation raisonnable pour peu que le pied posé sur l'accélérateur le soit aussi. Le même commentaire s'applique à toutes les autos, même celles qui avancent des solutions plus modernes comme une réduction de la cylindrée pour récupérer le déficit de puissance en faisant appel à la suralimentation par turbocompresseur. Dodge n'a ni les moyens ni la volonté d'emprunter cette voie. Ses concepteurs appartiennent à la « vieille école » que l'on soupçonne réfractaire à ces mécaniques que l'on jurerait assemblées par des plombiers et dont le timbre des échappements jaillit des haut-parleurs...

Saveurs multiples

Cela dit, la Charger 392 n'est pas obsolète pour autant. Pour preuve, sa direction bénéficie d'une assistance électrique, sa boîte de vitesses comporte huit rapports, ses éléments suspenseurs se paramètrent et on retrouve même un assistant au démarrage (lauch control) qui lui permet de s'arracher au départ aussi rapidement que (Bip! Bip!) le Roadrunner face à Will le coyote.

Puisque l'univers de la voiture exige toujours plus de diversité et que la durée de vie des modèles raccourcit sans cesse, Dodge fait avec les moyens du bord et décline la Charger à foison. Entre la placide SXT et la démentielle Hellcat, on recense pas moins de cinq autres livrées, dont la 392. Cette dernière apparaît, dans le sens général du terme, la plus aboutie et la plus équilibrée de la gamme. L'une des plus coûteuses aussi, mais le prix apparaît ici parfaitement justifié considérant la somme des accessoires proposés.

Cette américaine rompt avec les canons esthétiques des rivales qu'elle affronte indirectement : BMW M5, Mercedes E63 AMG ou Jaguar XJR. La Charger est au mieux une option alternative « exotique » et bon marché à ces véhicules. Les détails à connotation « made in USA » (bien qu'elle soit assemblée au Canada) ont leur importance, même s'ils peuvent parfois paraître un peu kitsch ou tapageurs aux yeux de certains consommateurs.

Moins raffinée, mais bien moins chère que ses concurrentes

Avant de regarder par son étroit pare-brise, voyons la présentation intérieure, ou plutôt l'ambiance qui s'en dégage. Tableau de bord massif, garnitures qui imitent faussement la fibre de carbone, cuir de bonne facture, sièges parfaitement taillés, ceintures de sécurité de couleur assortie (l'effet n'est pas très joli), bloc d'instrumentation qui se prolonge jusque dans l'écran central...

La Charger 392 est loin - très loin - d'offrir le même raffinement que ses compétitrices indirectes qui, ne l'oublions pas, coûtent deux fois plus cher qu'elle.

Dans le détail, on est encore loin d'une Mercedes ou d'une BMW. Les portières s'ouvrent et se referment sur nous non pas en émettant le son du coffre-fort de la Deutsche Bank, mais plutôt celui d'une caisse populaire... La qualité apparente n'est qu'une impression. Dans le détail, on peut encore aisément débusquer ici ou là quelques défauts de finition.

À propos des accessoires, cette Charger 392 n'est pas peu fière puisque le catalogue des options tient presque dans un dé à coudre, contrairement à ses « rivales » allemandes. En outre, cette Dodge nous épargne - Dieu merci - de commandes parfois complexes à apprivoiser au profit d'une interface simple aux connectivités efficaces, rapides et intuitives.

Spacieuse, la Charger 392 accueille sans problème deux, voire trois passagers sur la banquette arrière. Le coffre est tout aussi hospitalier pour vos bagages.

Poils des avant-bras au garde à vous

La 392 soulève son capot sur un V8 Hemi 6,4 L, lequel développe 485 chevaux et 475 lb-pi de couple. Ça se sent, même au ralenti. Ça s'entend, aussi, grâce à un échappement plus libre. De quoi vous mettre les poils des avant-bras au garde-à-vous et avec raison.

Jugez-en : moins de 6 s pour atteindre les 100 km/h après un départ arrêté et des reprises tout aussi enivrantes grâce au couple monstrueux libéré par cette mécanique à la voix caverneuse. Revenons sur terre. Considérant la cylindrée, on a déjà vu mieux en termes de rendement. Sympathique sans doute de compter sur un bloc de cette dimension, mais malgré la présence d'un dispositif de désactivation des cylindres (MDS), ce gros V8 a du mal (ou est-ce la faute d'un pied droit trop lourd ?) à tourner sur quatre cylindres. En fait, l'élément à retenir est que les consommations annoncées par Dodge sont largement exagérées, surtout en parcours urbain. La consommation est beaucoup plus sage sur route et permet de réaliser une moyenne de l'ordre de 12,4 L/100 km.

Presque impériale sur voie rapide, cette 392 surprend également par sa neutralité et la quasi-absence de roulis en courbes serrées.

Facile à conduire sur l'asphalte sec; quand il pleut, moins

En dépit de son encombrement et de son poids, cette américaine demeure facile à conduire pour peu que le soleil brille et que la chaussée soit sèche. Vient la pluie et voici que les pneumatiques patinent et la confiance au volant s'amenuise et incite le conducteur à redoubler de vigilance, malgré la présence d'aides à la conduite efficaces. Cela dit, le comportement de cette 392 est apparu beaucoup plus sain, plus neutre et plus équilibré que celui de la Hellcat. Cette dernière n'accepte pas de se faire jeter dans les virages avec autant de hardiesse que la 392, plus agile, plus joueuse.

En outre, la direction à assistance électrique (hydraulique sur la Hellcat) ne présente pas un inconvénient et offre un ressenti pratiquement identique.

Comme pour bien des autos de cette catégorie, il est possible de paramétrer plusieurs réglages de conduite, y compris ceux de la suspension. 

Celle-ci comporte deux modes supplémentaires beaucoup trop fermes (Track, surtout) lorsqu'on a à circuler sur les (nombreux) stigmates du réseau routier montréalais. En outre, la masse importante de l'auto réagit sèchement sur les obstacles isolés, au détriment du confort. Ce phénomène observé essentiellement à faible vitesse est agaçant. Par chance, l'assemblage paraît solide et ne laisse entendre aucun craquement.

Bons freins

Comme le suggère son diamètre de braquage, la Charger manque d'agilité en ville, mais la direction, suffisamment légère, permet aux plus habiles de se tirer d'affaire à la condition de faire preuve de patience.

Enfin, les freins ne manquent pas de mordant pour impressionner et ne montrent en aucun temps de faiblesse, même lorsque sollicités violemment à quelques reprises.

Synonyme de fantaisie, peut-être, cette Charger 392 exprime, d'une certaine manière, un désir de transgression derrière lequel on peut voir une volonté de prendre du recul vis-à-vis des défis technologiques de demain (conduite autonome, propulseur électrique ou piles à combustible). Une petite revanche sans doute aussi pour tourner gentiment en dérision les croisés antiautomobile.

Fiche technique

L'ESSENTIEL

Marque/Modèle : Dodge Charger 392

Fourchette de prix : 55 995 $

Frais de transport et de préparation : 1795 $

Garantie de base : 3 ans / 60 000 km

Consommation réelle observée : 12,5 L/100 km

TECHNIQUE 

Moteur : V8 6,4 L Hemi

Puissance : 485 ch à 6000 tr/min 

Couple : 475 lb-pi à 4200 tr/min

Poids : 1988 kg

Rapport poids/puissance : 4,09 kg/ch

Mode : Propulsion

Transmission de série : Automatique huit rapports

Transmission optionnelle : Aucune

Direction / Diamètre de braquage : Crémaillère / 11,6 m

Freins av.-arr. : Disque / Disque 

Pneus av.-arr. : 275 / 40ZR20

Capacité du réservoir / Essence recommandée : 70 L / Super 

Capacité de remorquage : non recommandé

Trois fleurs, trois tomates

On aime 

Habitacle spacieux 

Performances pour le prix 

Agilité étonnante considérant l'encombrement 

On aime moins 

Usage limité aux beaux jours 

Consommation importante et autonomie réduite 

Habitacle peu valorisant




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