Ford larguera les berlines au profit des multisegments et VUS

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Luc OLINGA
Agence France-Presse
DETROIT

Le constructeur automobile Ford, en difficulté en Bourse, a durci mercredi sa cure d'austérité et va cesser d'investir dans les voitures compactes et berlines en Amérique du Nord, région dominée par les VUS.

Il entend désormais réduire ses coûts de 25,5 milliards de dollars d'ici 2022, c'est 11,5 milliards de plus comparé au plan d'économies, baptisé « Fitness », dévoilé il y a à peine six mois par le PDG Jim Hackett.

La marque à l'ovale bleu va notamment réorganiser sa gamme afin de coller aux goûts des consommateurs américains. Environ 90 % de son portefeuille ne sera constitué que de camionnettes, de VUS, de multisegments d'ici deux ans, a-t-il promis mercredi.

Parallèlement, Ford ne va plus investir dans les voitures compactes en Amérique du Nord (États-Unis, Canada et Mexique), en raison « du déclin de la demande et à cause de la rentabilité de ces produits ».

Seules la Ford Mustang et la nouvelle version de la Focus Active resteront commercialisées en Amérique du Nord. Ford assure que ces mesures vont lui permettre d'atteindre son objectif d'une marge opérationnelle de 8 % d'ici 2020, soit deux ans d'avance sur le calendrier initial. Cette marge était de 5,2 % au premier trimestre écoulé et de 6,4 % à la même période il y a un an.

Son rival General Motors (GM) avait réalisé une marge de 10,7 % en 2017.

Ford perd de l'argent sur la Fiesta, la Fusion et la Focus, dont les ventes sont en déclin depuis environ deux ans.

« Ford a pris conscience qu'il ne peut répondre aux besoins de tout le monde », a réagi Jessica Caldwell, analyste chez Edmunds.com. « La clef du succès c'est de se concentrer sur ses forces et sur les goûts de ses clients ».

L'action monte

Les coupes vont affecter les ingénieurs, les forces de ventes et marketing ainsi que les usines, a énuméré en vrac le groupe, sans davantage de détail.

« Où nous pouvons augmenter les retours sur des activités sous-performantes en les rendant plus efficaces nous le ferons. S'il n'y a pas de retour à l'horizon, nous réallouerons ce capital où nous pensons que nous pouvons rivaliser et gagner », a défendu Jim Hackett, aux commandes depuis bientôt un an.

Ford n'exclut pas d'arrêter de produire certains modèles et envisage également de sortir de certains marchés jugés difficiles et non rentables.

« Toutes les options sont sur la table », a déclaré M. Hackett, lors de la conférence téléphonique avec les analystes, ajoutant qu'il y avait « urgence » à améliorer les ventes en Amérique du sud.

Lors du premier trimestre, seules l'Amérique du Nord, sa vache à lait, et l'Europe ont dégagé un bénéfice. La première région a enregistré un bénéfice opérationnel de 1,9 milliard de dollars, en baisse de 200 millions, alors que la seconde a renoué avec les bénéfices, gagnant 119 millions contre une perte de 90 millions au premier trimestre 2017.

L'Amérique du sud (-149 millions de dollars), le Moyen-Orient/Afrique (-54 millions) et l'Asie-Pacifique comprenant la Chine (-119 millions) sont toutes dans le rouge.

Ford promet de détailler toutes ces initiatives lors d'une journée dédiée aux investisseurs le 26 septembre prochain.

Jim Hackett est sous la pression de Wall Street, qui lui demande depuis des mois un plan stratégique clair pour donner un coup de fouet aux profits et limiter l'impact de la hausse des prix de l'acier et de l'aluminium qui ronge ses marges.

En mars, le dirigeant a promis une flopée de nouveaux VUS sans susciter l'enthousiasme des investisseurs. Le titre a perdu plus de 12 % de sa valeur depuis janvier.

Lors du premier trimestre, Ford a dégagé un bénéfice net de 1,74 milliard de dollars, en hausse de 9 %, pour un chiffre d'affaires de 41,96 milliards de dollars, en progression de 7,2 %, principalement grâce aux ventes de la camionnette F-150, le véhicule le plus vendu aux États-Unis.

Le deuxième constructeur automobile américain s'attend à gagner un bénéfice par action ajusté, référence en Amérique du Nord, compris entre 1,45 et 1,70 dollar pour 2018, contre 1,56 dollar anticipé par les analystes financiers.

À Wall Street, le titre gagnait 2,61 % à 11,40 dollars vers 18 h 45 dans les échanges électroniques suivant la clôture de la séance.




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