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Chauffeurs de limousine: la loi du silence

Le métier de chauffeur de limousine est moins glamour qu'il n'y paraît.

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Le métier de chauffeur de limousine est moins glamour qu'il n'y paraît.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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Sébastien Templier | La Presse

Publié le 25 octobre 2012 | Mise à jour le 8 novembre 2012 à 12h49

Du tapis rouge à l'aéroport en passant par la cérémonie funèbre, les chauffeurs de limousine parcourent des dizaines de milliers de kilomètres chaque année. Regard sur ce métier au sein duquel prédomine la loi du silence. Attention, les apparences sont trompeuses.

On les imagine conduire tous les jours ces longues limousines qui n'en finissent plus. Côtoyer les plus grands de ce monde. Être les confidents des plus influents. Ou encore adorer les voitures. Les chauffeurs de limousine font et sont un peu tout cela. On écrit bien: un peu.

Contrairement à l'automobiliste lambda, ils possèdent un permis de conduire d'une des catégories 1 à 4C ainsi qu'un permis de chauffeur de taxi. Mais comme la majorité des travailleurs, ils ne suivent pas nécessairement une formation spécifique en conduite ou en sécurité. Et contrairement aux autres conducteurs, ils parcourent de 80 000 à 100 000 km par année.

Leur quotidien? «Il ne faut pas compter ses heures, on passe beaucoup de temps à attendre dans l'auto, on commence tôt le matin, on finit tard le soir. Cela peut représenter des journées de 12 heures», affirme Marcel Brochu, chauffeur et propriétaire de Limousine Trudeau.

«On est entre 15 heures et 50 heures par semaine dans la voiture. On peut être appelé à toute heure de la nuit, même le dimanche, au dernier moment. Par exemple, par un gagnant au Casino qui te dit: «Viens me chercher»», témoigne Marco (1), chauffeur de 52 ans.

Les raisons pour lesquelles ils s'installent derrière un volant au service d'un client diffèrent d'un travailleur à l'autre. Ce peut être grâce à son frère; pour faire quelque chose de différent; parce qu'on adore les voyages ou la conduite, etc. Curieusement, les fans d'automobile sont rares.

Dans le métier, il y a ceux qui conduisent une limousine allongée un soir de party, ceux qui emmènent régulièrement à l'aéroport un chef d'entreprise, qui font faire un tour de ville, qui trimballent des gens d'affaires de Montréal à Québec ou qui peuvent conduire une vedette à son hôtel.

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Mais qu'on se le dise, cette profession est moins glamour qu'il n'y paraît. «Lors de festivals ou autres, les gens pensent que tout le monde se balade en limousine. C'est faux! Tout le monde se balade en minivan, passant ainsi inaperçu. Ici, ce n'est pas comme en Europe ou aux États-Unis où il y a un vedettariat. S'il fallait vivre que du transport de vedettes, on ne vivrait pas du tout», explique Dany Daubois, propriétaire de Limousine Krystal.

L'omertà

Le «corporatif» génère le plus d'activités durant la semaine, les partys, les week-ends. Et encore. «Vous seriez surpris de voir des gens d'affaires très connus qui ne prennent que leur voiture. On ne les prend que pour des trajets vers l'aéroport quasiment», ajoute M. Daubois. Vérification faite, des dirigeants de grandes entreprises ne se paient pas forcément le luxe d'un chauffeur particulier ou d'avoir souvent recours à un service de limousine.

Jean Rail (1) a connu les deux. Conducteur de limousine pendant 24 ans, chauffeur particulier «en back-up» depuis un an. «Le chauffeur de limousine dessert une clientèle, il n'a pas de routine, c'est un chauffeur commercial, explique-t-il. Chauffeur particulier, c'est un emploi de disponibilité. Vous êtes cloués au véhicule pendant des heures, vous avez une stabilité financière que le chauffeur commercial n'a pas. Le chauffeur particulier suit les exigences de son patron. Il faut presque penser avant son patron, anticiper ses besoins.»

Pour qui travaille exactement M. Rail? «Je ne peux rien dire.»

Une «règle d'or» du  métier: la discrétion. Parmi les chauffeurs -  également gardes du corps -  des ministres, c'est tout simplement  l'omertà.

Une «règle d'or» du métier: la discrétion. Parmi les chauffeurs - également gardes du corps - des ministres, c'est tout simplement l'omertà.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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Notre homme respecte ici une obligation tacite. Une «règle d'or» du métier: la discrétion. Parmi les chauffeurs - également gardes du corps - des ministres, c'est tout simplement l'omertà.

«Vous offrez la confidentialité, précise Marcel Brochu. On peut entendre toutes sortes de choses. Cela va de soi que la discrétion est de mise. Dans notre cercle, on a comme politique de ne pas engager de conversation à moins que le client insiste. En ce qui me concerne, j'ai pour habitude de ne pas orienter mon rétroviseur intérieur dans les yeux des gens à l'arrière, mais juste un peu plus haut.»

«Quelqu'un qui raconte tout ce qui se passe dans la voiture ne va pas faire long feu dans le domaine, appuie Marco. Moi, je garde cela pour moi. Je n'en parle pas, même pas à mon patron, même pas à ma femme. La personnalité, comme le chauffeur, veut rester discrète.»

Jean Rail, qui a côtoyé brièvement des grands de ce monde - comme Jacques Chirac ou Pierre Elliott Trudeau - souligne que les célébrités ne veulent pas se faire remarquer. Dans une métropole où les personnes connues sont pourtant plus accessibles que dans bien d'autres villes dans le monde, Montréal est attrayant aux yeux des vedettes. Mais dans bien des cas, le moindre signe de familiarité ou de rapprochement peut être risqué. «Quand j'ai demandé à Al Pacino un autographe, il n'a pas aimé du tout. C'est normal. Il me paie pour être discret et je le harcèle pour un autographe. Ces personnes veulent se faire traiter comme monsieur et madame Tout-le-monde.»

Pour répondre aux desiderata des passagers, les écarts de conduite sur la route ne sont pas rares. «Les clients veulent aller du point A au point B le plus vite possible», dit M. Rail. En cas d'excès de vitesse, il revient au chauffeur d'assumer les conséquences financières.

Un chauffeur de limousine, qu'il soit particulier ou commercial, se taille une - bonne - réputation selon l'état de propreté de ses voitures et, surtout, selon sa discrétion.

Il doit être un homme d'honneur.

(1): Les noms ont été changés ou supprimés à la demande des chauffeurs pour des raisons de confidentialité.

Les excentricités des clients...

Les chauffeurs de limousines ont souvent des anecdotes à raconter, mais toute vérité n'est pas toujours bonne à dire.

Les chauffeurs de limousines ont souvent des anecdotes à raconter, mais toute vérité n'est pas toujours bonne à dire.

Photo Olivier Pontbriand, La Presse

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Ils affirment que c'est parfois «comique» ce qui se passe dans leur véhicule. Qu'ils voient «de tout». Les chauffeurs de limousines ont souvent des anecdotes à raconter, mais toute vérité n'est pas toujours bonne à dire.

Marco affirme qu'il a suffisamment d'anecdotes en tête pour en écrire un livre. «Tout ce à quoi vous pouvez penser arrive dans une limousine», dit ce chauffeur de 52 ans.

Et à quoi peut-on bien penser?

La confidence s'arrête là.

Jean Rail confirme tout de même qu'en tant que chauffeur de limousine, il a été confronté à toutes sortes d'«excentricités». Comme cette demande d'un client d'aller chez lui réparer sa pomme de douche pendant qu'il serait en déplacement à Toronto... Ou encore cet autre client qui lui demande de lui acheter «deux bananes» sur la route de l'aéroport.

Depuis 25 ans qu'il fait ce métier, M. Rail en a vu de toutes les couleurs et a aussi vu du pays, grâce à des clients particuliers. Il s'est ainsi rendu une fois à Plattsburgh pour faire l'épicerie d'une cliente! «Avec la liste et l'argent, mais sans elle», précise-t-il.

Autre escapade, autre cliente: «Deux fois par année pendant quatre ans, je suis allé de Montréal à Portland dans le Maine pour y porter un chien de 195 livres. La dame ne voulait pas l'emmener en avion», témoigne-t-il.

Il n'a cependant pas eu à conduire dans des conditions extrêmement difficiles, comme l'un de ses collègues qui a emmené d'urgence jusqu'à Washington D.C. quatre politiciens, en pleine tempête de neige.

Les chauffeurs peuvent également faire de belles rencontres. Marcel Brochu a découvert le jazz quand il s'est aperçu qu'il ramenait aux États-Unis la femme de Tony Bennett. Il est ensuite allé voir deux fois le chanteur en concert à la Place des Arts.

À son insu, il a également transporté Rowan Atkinson, alias Mr. Bean. «Il me posait des questions, il m'a parlé tout au long du trajet et c'est arrivé à l'hôtel que je me suis aperçu que c'était lui. Il m'a dit: "Merci beaucoup, bonsoir" en français.»

Les chauffeurs de limousine ne s'épanchent que très rarement sur les excentricités de leurs clients. Même entre eux.

«On se raconte les anecdotes sans donner de nom. D'habitude, un client n'est pas un sujet de conversation entre nous», explique Marco.

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