La rouille à prix d'or

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Une Ferrari 250 GT California SWB

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Alain Raymond

Collaboration spéciale

La Presse

La planète automobile de collection s'est donné rendez-vous dans la Ville Lumière pour la «vente du siècle», 59 voitures sorties des granges du Château Gaillard où elles dormaient depuis des décennies, habillées pour la plupart de couleur rouille. Mais d'où vient cette Collection Baillon? Comment se fait-il qu'elle ait soudainement surgi? Qui étaient Roger et Jacques Baillon? Voici leur histoire.

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Une Maserati A6G 2000 Gran Sport Berlinetta Frua      

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Roger Baillon est originaire de la région de Niort, dans le sud-ouest de la France. Passionné de mécanique, il quitte à l'adolescence l'exploitation agricole de ses parents et s'engage comme apprenti dans un garage Peugeot. Il passe ensuite à l'aviation, puis se procure une station-service dans la région parisienne. La station est abîmée lors de la Deuxième Guerre mondiale, ce qui incite le jeune Baillon à revenir dans sa région natale. À la fin de la guerre, il récupère des camions militaires abandonnés et les transforme en camions commerciaux dans son propre atelier de carrosserie.

Les affaires vont si bien que Roger Baillon présente en 1947, au Salon de l'auto de Paris, une voiture de prestige de son cru qu'il baptise l'Oiseau Bleu. En 1950, il se fait à nouveau remarquer avec la création d'un concept avant-gardiste, le camion à cabine avancée.

Misant sur le succès de son atelier de camions, Roger Baillon crée la Société des Transports R. Baillon, inaugure une nouvelle semi-remorque-citerne pour le transport de produits chimiques et signe un contrat d'exclusivité avec les Usines de Melle, producteur de produits chimiques.

Ces succès incitent Roger Baillon à réaliser son rêve de constituer une collection automobile et de créer un musée avec son fils Jacques. Il achète des voitures anciennes et en sauve de la casse à une époque où les «trésors» que sont aujourd'hui les Bugatti et Delage sont vendus au poids à la ferraille. Les Baillon regroupent plus de 200 voitures et deviennent ainsi parmi les premiers collectionneurs en France.

Grandeur et décadence

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Hélas, cette belle histoire se termine mal. Le déclin s'annonce dès 1977 lorsque Transports Baillon perd son principal client. Les conditions se détériorent, les dettes s'accumulent et une grève des chauffeurs qui réclament leur salaire impayé entraîne la chute de l'entreprise Baillon. La faillite est prononcée le 18 janvier 1978.

Criblé de dettes et poursuivi par le fisc, Roger Baillon décide de vendre une partie de sa collection, d'abord en 1979, puis en 1985. La presse locale en fait état, sachant qu'il reste encore plusieurs voitures parmi les 200 d'origine.

Une collection «secrète» ?

Non, pas vraiment. «Lorsque les premières ventes Baillon furent annoncées, j'étais fou de rage qu'on ne m'ait pas demandé. Mais au fil des ans, tout le monde a oublié», raconte Hervé Poulain, maître-priseur d'Artcurial qui a été chargé de la vente. Humilié par la faillite et déçu de l'écroulement de son rêve de musée, Roger Baillon «laisse tout en plan», aux dires de Me Poulain, et ordonne le silence complet à sa famille.

Roger Baillon s'éteint en 1996, suivi de son fils Jacques en 2013. Une héritière fait récemment appel à Artcurial. «J'ai une ancienne Ferrari California à vendre», aurait dit la petite-fille de Roger Baillon, selon BBC News. Artcurial dépêche sur les lieux deux spécialistes.

Oui, en effet, la Ferrari California est bien là, rangée dans un garage sous le poids d'une montagne de vieux journaux! À ses côtés, une Maserati A6G 1956, une des quatre construites par Frua. Puis, c'est le déferlement: sous des abris en tôle ondulée, dans des états de décrépitude plus ou moins avancée, le «royaume de la rouille» habité par des Delahaye, Talbot Lago, Voisin, Facel, Hispano Suiza, Delage, Bugatti et parsemé de voitures plus modestes et plus récentes.

Mémorable Rétromobile

Pour son 40e anniversaire, la grande exposition française s'est offert un cadeau princier avec cette vente qui a dispersé la Collection Baillon aux quatre coins de la planète, pour un total de 28,5 millions US (frais de vente inclus), «soit deux fois l'estimation initiale», selon Me Poulain, qui a attribué cet engouement souvent démesuré à «l'état poétique et mystique dans lequel étaient les voitures». À celui-ci de conclure: «Vous avez la preuve qu'une automobile est une oeuvre à part entière. Nous ne sommes pas au siècle de Louis XIV où il y avait les arts majeurs et les arts d'application. Aujourd'hui, les arts appliqués font très largement les arts majeurs et valent beaucoup plus cher.»

Reste à savoir si le monde la mode va choisir la couleur rouille pour sa prochaine collection d'automne.

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