Combien de morts la tricherie diesel de Volkswagen a-t-elle causé? Une étude scientifique récente chiffre à environ 46 les décès (aux États-Unis) attribuables aux émissions illégales d'oxydes d'azote (NOx) provenant des modèles diesel Volkswagen 2009-2015 ayant été trafiqués par le constructeur allemand pour déjouer les normes de pollution américaines.

L'étude isole les émissions illégales de celles qui auraient été permises en fonction des normes et utilise divers modèles mathématiques pour arriver à une «mortalité excédentaire» de 46 décès spécifiquement causés par la pollution dépassant les normes.

Les tests routiers en conditions réelles montrent que les émissions des 500 000 véhicules trafiqués par Volkswagen polluent entre 10 et 40 fois plus que les normes de l'Environmental Protection Agency américaine (le Canada a les mêmes normes).

L'étude Damages and Expected Deaths Due to Excess NOx Emissions from 2009 to 2015 Volkswagen Diesel Vehicles, publiée dans la revue scientifique Environmental Science and Technology, compare cet événement très dommageable pour Volkswagen à d'autres scandales liés à la sécurité automobile.

«Le scandale des barillets d'allumage défectueux de GM a mené à 124 morts; les pneus Firestone qui explosaient sous des pick-up Ford a fait 271 victimes; les réservoirs d'essence latéraux de GM ont mené à entre 100 et 400 décès», écrit l'économiste et chercheur principal Stephen Holland, de l'Université de la Caroline-du-Nord à Greensboro. «Dans ces cas, les décès sont tous liés à des accidents et les victimes sont identifiées. Dans le cas des logiciels trafiqués Volkswagen, les morts sont statistiques, dans le sens où l'exposition accrue aux NOx fait augmenter les risques de décès. Il n'y a pas de victimes facilement identifiables. Néanmoins, le nombre de pertes de vie causées par les logiciels trafiqués est comparable aux autres causes [...].»

Mortalité et morbidité excédentaires

Comme ce sont des économistes qui ont fait les calculs, ils arrivent aussi à une estimation des dommages (les coûts supplémentaires en médicaments, hospitalisations, congés de maladie, etc.) causés par la «morbidité excédentaire». Selon eux, c'est une facture totale de 430 millions US qui vient uniquement des émissions polluantes qui n'auraient pas été rejetées dans l'air américain si Volkswagen n'avait pas trafiqué ses moteurs diesel pour contourner les normes environnementales.

L'an dernier, une autre étude du Massachusetts Institute of Technology (MIT) est arrivée à une mortalité excédentaire de 59 décès et à des dommages de 450 millions US en morbidité excédentaire.

Pour mettre ces 46 à 59 décès en perspective, il faut savoir combien de personnes seraient mortes entre 2009 et 2015 même sans la pollution supplémentaire causée par la tricherie diesel de Volkswagen. Et en plus, il faudrait distinguer le nombre de décès causés par les NOx liés aux transports routiers (autos, autobus et camions) et le reste des NOx émis par l'industrie, le transport maritime et ferroviaire et les autres activités humaines.

Ce n'est pas évident. Les mesures et les modèles mathématiques utilisés varient. Mais une chose est claire : la pollution atmosphérique et, en particulier, celle qui est liée aux moteurs diésel sont un problème immense, indépendemment des décès attribuables aux émanations excédentaires de Volkswagen.

Ainsi, 52 800 personnes seraient mortes prématurément seulement en 2005 en lien aux NOx émises par le secteur routier, estime une étude publiée en 2013 sous la direction d'un chercheur du MIT, Fabio Caiazzo (Air pollution and early deaths in the United States. Part I: Quantifying the impact of major sectors in 2005).

Une autre étude arrive à des résultats annuels 16% plus bas en 2013; une autre encore en compte 42% de plus en 2014. Bref, c'est très varié.

L'Environmental Protection Agency mesure la situation d'une autre façon: dans un rapport récent, elle estime que 160 000 décès ont été évités en 2010, comme conséquence du resserrement en 1990 des normes environnementales concernant les NOx.

Alors, que penser de ces 46 décès excédentaires liés à la tricherie Volkswagen entre 2009 et 2015?

«Pour mettre notre étude en perspective [...], l'important est que ces 46 décès sont comparables à d'autres scandales liés à la sécurité automobile, mais minimes lorsque comparés au nombre de décès causés par la pollution, a indiqué à La Presse le chercheur principal de l'étude, Stephen Holland. Mais ils sont minimes parce que les modèles diesel de Volkswagen comptent pour une toute petite proportion des voitures vendues aux États-Unis; pas parce que le problème n'est pas grave.»