Volkswagen nomme un historien pour examiner les allégations de torture au Brésil

Fiche des forces de sécurité brésiliennes sur Lúcio... (photo archives publiques de l'État de Sao Paolo via BBC)

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Fiche des forces de sécurité brésiliennes sur Lúcio Bellentani, un ancien assembleur de l'usine VW brésilienne et militant de gauche. En 2014, la Commission vérité et réconciliation sur la dictature militaire 1964-1985 du Brésil a fait la lumière sur son cas et sur ceux d'autres employés torturés par la junte au début des années 1970.

photo archives publiques de l'État de Sao Paolo via BBC

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D'après AFP

Le groupe automobile allemand Volkswagen a annoncé jeudi confier à un historien indépendant une expertise pour examiner son rôle dans la dictature brésilienne, avec laquelle le constructeur est accusé d'avoir collaboré.
Un groupe d'anciens travailleurs de l'usine Volkswagen de Sao Bernardo do Campo, au Brésil, accusent leur ex-employeur d'avoir eu un rôle dans leur arrestation et --éventuellement, leur torture-- au mains du régime militaire d'extrême droite qui fut au pouvoir de 1964 à 1985 à la suite d'un coup d'État.

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L'usine Volkswagen de Sao Bernardo dos Campos. Photo: Volkswagen Brésil

«Nous voulons faire la lumière sur la période sombre de la dictature militaire ainsi que sur le comportement des responsables de l'époque au Brésil et le cas échéant aussi en Allemagne», a déclaré dans un communiqué la directrice juridique du groupe, Christine Hohmann-Dennhardt.

La direction a pour cela choisi l'historien indépendant Christopher Kopper, professeur à l'Université de Bielefeld (au nord de l'Allemagne).

«Nous allons établir le rôle de l'entreprise durant la dictature militaire au Brésil avec la persévérance et la cohérence requises, de la même façon que nous l'avons fait de manière précoce et exhaustive pour des sujets comme le passé nazi et le recours au travail forcé», a affirmé Mme Hohmann-Dennhardt.

Listes noires d'opposants à la junte

D'anciens travailleurs et militants ont déposé en septembre 2015 une plainte au Brésil dans laquelle ils reprochent à Volkswagen d'avoir permis des persécutions et la torture de travailleurs opposants au régime militaire (1964-85).

Lúcio Bellentani en 2015, lors d'une conférence organisée... - image 3.0

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Lúcio Bellentani en 2015, lors d'une conférence organisée par le Conseil des syndicats brésiliens (CSB) peu après le dépôt en cour d'une poursuite au civil. Photo: CSB

D'après l'accusation, 12 travailleurs ont été arrêtés et torturés à l'époque dans l'usine Volkswagen de Sao Bernardo do Campo, une ville de la banlieue de  Sao Paulo. L'entreprise est également accusée d'avoir élaboré des «listes noires» d'opposants à la dictature.

Un rapport de la Commission nationale de la Vérité sur les crimes commis par la dictature, publié en 2014, avait mis en exergue le cas de Lucio Bellentani, un ancien employé de Volkswagen au Brésil interpellé en 1972 à l'usine Volkswagen : «J'étais au travail quand deux hommes armés de mitraillettes m'ont approché. Ils m'ont mis les mains dans le dos et m'ont immédiatement menotté. Dès que nous sommes arrivés au centre de sécurité de Volkswagen, la torture a commencé. J'ai été battu, frappé à coup de poings et giflé.», rapporte le site internet de la BBC, citant le rapport de la Commission nationale de la Vérité. Selon l'avocate Rosa Cardoso, 12 employés de l'usine de Sao Bernardo do Campo ont été torturés, tandis que d'autres ont été mis à pied et inscrits sur des listes noires.

Dans son communiqué de ce matin le Groupe Volkswagen a souligné chercher activement un nouveau directeur pour sa division de communication historique, alors que le récent départ de son chef historien a fait couler beaucoup d'encre en Allemagne.

L'ancien historien de Volks a claqué la porte

Manfred Grieger, historien spécialiste du travail forcé pendant la période nazie embauché par Volkswagen depuis près de 20 ans, a quitté fin octobre l'entreprise.

Il avait publiquement critiqué une étude interne sur le passé nazi d'Audi, filiale de Volkswagen, jugeant qu'elle était incomplète et minimisait les faits. Selon l'agence de presse allemande DPA, son départ serait lié à une réprimande de la part de la direction sur cette prise de parole sans autorisation.

Mardi, plusieurs historiens de renom en Allemagne s'en sont pris à Volkswagen, l'accusant dans une tribune de vouloir livrer une histoire biaisée de son passé. Une critique rejetée par le constructeur, qui dit «regretter la mauvaise interprétation du départ» de l'historien, dans une réaction écrite obtenue jeudi par l'AFP.

M. Grieger «n'a pas été licencié» ni «forcé à partir par l'entreprise», assure le groupe. «Le fait est aussi que Volkswagen a, sur la durée et de manière décidée et honnête, fait la lumière sur l'histoire de l'entreprise et continuera de le faire», ajoute Volkswagen.

La première pierre de l'usine de Wolfsburg, siège de Volkswagen, fut posée en 1938 par Adolf Hitler, et c'est pour répondre au souhait du dictateur de voir créée une voiture populaire que l'ingénieur Ferdinand Porsche inventa un modèle connu plus tard sous le nom de Coccinelle.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le constructeur allemand a eu recours au travail forcé de prisonniers de guerre et de détenus de camps de concentration. Un préjudice que l'entreprise a tenté de réparer en créant dans les années 1990 un fonds d'indemnisation des travailleurs forcés et en laissant les historiens accéder à ses archives pour exhumer ce sombre passé.




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