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Iron Butt: à l'assaut des kilomètres

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Pierre-Marc Durivage | La Presse

Publié le 20 août 2012 | Mise à jour le 3 septembre 2012 à 15h19

Nom du défi: Iron Butt. Mission: rouler 1610 kilomètres à moto en 24 heures, selon un trajet décidé par le participant. Alors, mission impossible? Compte rendu.

>>>Visionnez notre reportage vidéo

Iron quoi? Fesses de fer? Je n'avais jamais entendu parler de l'Iron Butt avant que mon collègue photographe-vidéaste Hugo-Sébastien Aubert ne me propose l'idée folle de rouler 1600 kilomètres en 24 heures pour en tirer un reportage. Des amis à lui l'avaient déjà fait et il brûlait d'envie de l'essayer à son tour. Pour ma part, je me souvenais encore avec douleur de ma dernière expérience d'hyper-randonnée à moto...

Je me suis néanmoins laissé convaincre, par curiosité professionnelle. Oui, oui, juré craché! Nos patrons respectifs étaient toutefois moins convaincus. Surtout avec l'itinéraire que nous avions d'abord proposé: la boucle Montréal-Saguenay-Abitibi. Le temps du parcours évalué par Google nous interdisait toute pause pour dormir. Et pas question de gagner du temps en roulant plus vite, évidemment.

Le plan B, une boucle américaine via Albany, Buffalo et Toronto, était constitué d'autoroutes seulement, ce qui nous autorisait de meilleures vitesses de croisière. Mais c'était sans compter sur les postes-frontières et leurs hypothétiques files d'attente. Trop risqué.

C'est ainsi que nous avons choisi d'écumer la vallée du Saint-Laurent de long en large: Montréal à Kamouraska, retour vers Ottawa en passant par Québec et Trois-Rivières, transit par l'autoroute 416 jusqu'à la 401, (re) passage à Montréal en route vers Sherbrooke, détour à Drummondville par la 55 pour finalement revenir une fois pour toutes dans la métropole. Temps évalué par Google: 18 heures et demie. Nos patrons achètent l'idée. Trop tard pour reculer.

Il fallait voir ma patronne au moment de notre départ. Le genre d'air qui dit: «Ai-je vraiment, en mon âme et conscience, donné mon aval à cette idée loufoque?» Trop tard. Les caméras sont installées sur la moto et le casque d'Hugo-Sébastien, une équipe de tournage nous accompagne sur le pont Champlain, et nous abandonne dès la sortie du pont. «On vous a regardé filer devant nous et on s'est dit qu'on ne vous enviait pas, mais alors là pas du tout!», nous a révélé à notre retour le collègue photographe François Roy.

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Qu'à cela ne tienne, le temps était radieux, nous étions confiants et même guillerets à l'idée de partir pour ce long voyage. Après tout, l'horaire était bouclé au quart de tour, nous avions même prévu une marge de manoeuvre en cas de pépin. Nous avons commencé à douter dès le premier arrêt, prolongé sans même s'en apercevoir. C'est qu'il fallait composer avec les contraintes techniques du reportage, photo et vidéo. Résultat? Il a fallu rogner sur nos heures de sommeil. Selon le plan original, nous pensions dormir quatre heures, c'est dire...

Les trucs pour garder le cap sans s'endormir? Ouvrir la visière pour prendre de bonnes bouffées d'air frais, se noyer dans ses souvenirs, chanter dans son casque - je me suis d'ailleurs surpris à fredonner Une autre chambre d'hôtel, de Gildor Roy, notamment le passage qui dit: «J'm'en vais bouffer des kilomètres, pour oublier...», - oublier que je suis assis sur une moto depuis 800 bornes, avec en prime une pluie battante qui nous fouette sans relâche!

Heureusement, le lendemain, la campagne de l'Outaouais est effleurée de jolies bandes de brume, éclairées timidement par un soleil qui se lève derrière nous. C'est le genre de décor qui nous réconcilie avec ce beau loisir qu'est la moto, comme celui de la veille: un coucher de soleil voilé sur le fleuve à Kamouraska.

Nous avons réussi notre défi. Sans trop de dégâts d'ailleurs. Merci à de bonnes nuits de sommeil engrangées dans les jours précédant notre départ et à un tube de gel pour soulager mes ligaments de genoux irrités.

Mais, au final, peu importe que nous ayons réussi ou non. C'est le genre d'expérience qui célèbre la moto car, à bien y penser, y a rien de mieux qu'une bécane quand vient le temps de rouler!

1. Départ

KM 0

14h20

Départ de Montréal, via l'autoroute Bonaventure et le pont Champlain.

2. KM 175

Villeroy

16h00

Construction sur 5 km. Retard de 5 à 10 minutes sur notre itinéraire.

3. KM 265

Beaumont

17h20

Ravitaillement en vivres et en essence. Durée de la pause: 40 minutes.

4. KM 415

Saint-Pascal

19h15

Ravitaillement en essence. Texto sur le téléphone d'Hugo-Sébastien: «Orages violents sur Montréal.» Le soleil est encore chaud dans la région. Nous espèrons que les orages auront passé à l'est à notre retour dans la métropole.

5. KM 620

Donnacona

21h10

Ravitaillement en essence et arrêt pour le souper. Durée de la pause: 40 minutes. Nouveau texto en provenance de Montréal: «Les orages continuent de plus belle, ça se dirige vers vous.» Les prévisions météo pour la rive nord du Saint-Laurent font état de 30% de probabilité d'averses. Nous décidons de partir avec quelques accessoires imperméables, sans plus.

6. KM 630

Portneuf

22h00

Arrêt sécuritaire sous un viaduc. La pluie tombe en trombes, les éclairs déchirent le ciel à l'ouest. Nous mettons nos habits de pluie, manteau, pantalons, chaussons. Nous repartons aussitôt.

7. KM 815

Montréal

0h20

Le ciel semble se dégager. Enfin au sec après plus de 180 kilomètres de pluie battante. Je décide d'enlever mes vêtements imperméables, de façon à faire sécher ce qui se trouve en dessous. Mauvaise idée: la pluie reprend 20 kilomètres plus loin. Plus de peur que de mal, il s'agit d'une faible averse. On poursuit.

8. KM 885

Rigaud

1h10

Ravitaillement en essence. On arrête pour la nuit. Elle sera très courte.

9. KM 1080

Kemptville, ON

7h45

Ravitaillement en essence et en vivres, après un lever de soleil glorieux dans un voile de brouillard, en route vers Ottawa.

10. KM 1220

Rivière- Beaudette

9h10

Pause santé. Le rythme est bon.

11. KM 1375

Bromont

10h55

Ravitaillement en essence. Le passage à Montréal s'est fait sans embûches. Passer si près de la maison sans pouvoir s'y arrêter est étrange. Mais nous gardons le cap!

12. KM 1515

Saint-Germain-de-Grantham

12h40

Pause-dîner. Les jolis paysages de l'autoroute 55 entre Sherbrooke et Drummondville rendent la fin de voyage plus agréable. C'est bienvenu, car, mis à part notre court passage dans le Bas-du-Fleuve, la veille, nous n'avons pas été choyés côté décor.

13. Arrivée

KM 1610

14h20

La pluie nous prend par surprise alors que nous finissons de manger. Vite, nous remettons nos impers. Un délai inattendu alors que nous pensions avoir un peu de temps devant pour dîner sans stress. Erreur. Nous reprenons la route et nous arrivons tout juste à temps à la station-service, à la sortie du pont Victoria. C'est réussi, 1610 kilomètres en 24 heures! Nous avons bouclé avec succès le Saddle Sore 1600!

Iron Butt 101

L'Association Iron Butt récompense les motocyclistes les plus endurants. L'événement le plus fameux est l'Iron Butt Rally, un périple de 11 000 milles en 11 jours qui a lieu tous les deux ans aux États-Unis. Mais les quelque 53 000 membres de l'association ont très souvent eu vent de l'Iron Butt en réalisant le Saddle Sore 1000, soit 1000 milles ou 1610 kilomètres en 24 heures. C'est ce que nous avons fait. Iron Butt appose son sceau à toute randonnée que les participants ont documentée à l'aide de factures où apparaissent la date et l'heure. Pour ceux qui ont eu la piqûre et qui voudraient faire encore plus que le Saddle Sore 1000, sachez qu'il existe une panoplie d'autres défis proposés par Iron Butt.

Les secrets d'un «rouleux»

Daniel Forgues sait de quoi il parle. Il a à son actif cinq voyages certifiés Iron Butt. Cinq. Et c'est sans compter ses nombreux périples à moto, dont l'un jusqu'en Amérique centrale. Bref, c'est ce qu'on appelle un «rouleux».

«J'arrête le moins longtemps et le moins souvent possible», affirme M. Forgues, un médecin vétérinaire de Sainte-Marie, en Beauce.

Et il mange léger. «Vaut mieux se nourrir souvent, et très peu à la fois. Des barres tendres, des noix et des fruits, par exemple. Parce que plus on mange lourd, plus il y a de sang canalisé vers les fonctions digestives. C'est là que la somnolence peut apparaître. J'ai remarqué une grosse différence quand j'ai adopté cette méthode.»

Dormir en chemin? Daniel Forgues le déconseille, car il estime qu'il peut être difficile de reprendre la route après coup. De toute façon, selon lui, les premiers 800 kilomètres sont les pires. Il déconseille aussi de boire du café ou des boissons énergisantes. «Un stimulant a toujours un effet pervers, affirme-t-il. Tu ramollis quand l'effet s'estompe.»

C'est presque sur un coup de tête que M. Forgues a réussi son premier Saddle Sore, en 2003. Accompagné de sept amis, il a fait la boucle Montréal-Abitibi-Saguenay-Québec-Montréal sans s'arrêter ou presque. «Je suis même revenu à Sainte-Marie après coup, si bien que l'on a roulé pendant 1700 km avant de s'arrêter. Notre taux d'adrénaline était encore assez haut et l'on a même décidé d'aller manger au resto. Une heure plus tard, je me suis pris un bon coup de barre», se souvient-il.

C'était suffisant pour avoir la piqûre. Il a refait la boucle québécoise dans l'autre sens, a roulé de la Beauce à la Baie-James, est allé casser la croûte à Dieppe, au Nouveau-Brunswick, avant de revenir aussitôt. On voit le genre. «Je roule beaucoup. J'ai la réputation d'être tannant à suivre», admet Daniel Forgues, motocycliste depuis 35 ans. On n'en doute pas une seconde!

La question qui brûle: «Est-il parfois tentant d'ouvrir les gaz pour gagner du temps?» «Pas vraiment. Ça ne vaut rien de rouler vite si on arrête souvent et trop longtemps, car ce genre de pause est très coûteux, indique-t-il. Il vaut mieux ainsi rouler à 110 km/h de façon constante.»

Il admet toutefois avoir déjà filé à vive allure dans les interminables lignes droites entre Radisson et Chapais, de même que dans le parc de La Vérendrye.

Selon lui, il faut néanmoins être en forme pour réussir un Iron Butt. «Certaines de mes patientes pèsent jusqu'à 1800 livres, et je ne peux pas leur dire "madame, ne bougez pas s'il vous plaît", rigole le vétérinaire de 58 ans. Parfois, je me fais brasser, ça tient en forme. Et je m'entraîne aussi régulièrement au gym.

«Si vous avez un travail de bureau, ça vaudrait la peine de s'entraîner, recommande M. Forgues. C'est en bonne partie utile pour éliminer l'acide lactique des muscles, car rouler dans la même position pendant si longtemps peut entraîner des crampes.»

Le prochain projet de Daniel Forgues? Un voyage au Labrador en revenant par Blanc-Sablon et Natashquan, en août.

Un «rouleux» qu'on vous disait!

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Commentaires (6)

  • @Marc La raison: ce n'est pas nécessairement irresponsable. Je peux rouler beaucoup plus longtemps à moto sans ressentir la fatigue qui me tombe dessus en auto. Le fait d'être dehors et de se faire brasser par le vent aide à rester éveillé. Pour ma part, j'ai fait Caroline du Sud-Montréal d'une traite voilà plusieurs années et mon derrière m'en veut encore...
  • C'est difficile d'expliquer ce qui se passe dans la tête et le corps dans ce genre de voyage, après quelques heures tout devient plus facile contrairement à ce qu'on pourrait croire. J'ai fait l'aller retour Rivière-du-Loup Halifax (1700km certifié par Iron Butt) en 16h 40 et à l'arrivée j?étais en grande forme. Comme autre folie je suis revenu de Vancouver (5240km en 3 jours et 11 heures) Dans les deux cas je ne me suis jamais senti en danger ou mis quelqu'un en danger. Le fait de savoir ce dans quoi on est engagé permet une attention de tous les instants. Comme l'indique Daniel Forques, l'alimentation et le rythme sont les secrets. C'est une façon particulièrement satisfaisante de faire de la moto. Visitez le site de l'Iron Butt, Il y a la les vrais mordus de la distance mais pas des irresponsables. Ceux qui l'ont déjà fait le comprennent, les autres je les comprends de ne pas comprendre. Bonne route.
  • J'ai participé au Iron Butt en 2004 en selle avec une 650 GS 2003, je dois vous dire que la vibration du mono cylindre m'a bien gardée éveillée, surtout vers la fin, notre Iron Butt faisait le tour du Québec en passant par le parc des Grands Jardins , Roberval le parc de la Gatineau , bref j'aurai quand même vu de beaux paysages,mais il est certain que la vigilence est de mise, de petits repas légers et surtout pas de café se garder hydraté au moment de remplir la moto et d'enregister les passages. Ma bonne amie Diane et moi étions les 2 premières femmes à réussir cette épreuve le 11 juin 2004. mon temps 1705 kilomètres en 22 heures! on appelait ça la '' balade de malade'' dans le club BMW Québec. André Leblanc nous avait organisé le tout.
    Cet évenement m'aura permis d'évaluer mes limites et surtoput les limites de ce type de moto, et enfin confirmer le genre de randonnées que je désirais faire les longues distance n'allait plus me faire peur!
    Aujourd'hui je roule en Twin le BMW 650 GS , le mode sans limite étant celui que j'adopte pour mes randonnées dorénavent, ayant essayé avant un Kawa Ninja 550 et un Suzuki V-Strom 650 entretemps.
    Je roule pour m'amuser et surtout pour explorer
    Et Marc tu as raison, mais on y va si on est confiant de le faire c'est tout, faut pas prendre des risques mal calculés!
    AJ
  • Beau voyage. Par contre faut aimer rouler et avoir la bonne monture.
    @Marc La raison
    Moi la fatigue, elle me viens quand j'écoute les publicité de mouton de la SAAQ. Le jour où ces pubs feront appel au discernement et au jugement, je les écouterai. Pour l'instant, les fameuses "zétudes" qu'on entend mais qu'on voit jamais, ça me laisse froid.
  • Quelle sorte(s) de moto(s) a-t-il?
  • Irresponsable!
    "Les plus récentes mentionnent que la fatigue serait en cause dans 19 % des accidents mortels
    et 23 % de l?ensemble des accidents avec blessures corporelles sur les routes au Canada."
    http://www.saaq.gouv.qc.ca/publications/prevention/fatigue_gestion.pdf , page 3
    Marc La raison

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     (Photo : David Boily, La Presse)

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