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Sur les routes espagnoles encore engourdies par un hiver qui n'en finit plus de finir, la Cayman R ronge son frein. Et moi aussi. La pluie froide cire la chaussée et rend la conduite délicate, voire hasardeuse. Le pilotage d'une Cayman R - comme de toutes les voitures puissantes - nécessite dans pareilles circonstances un engagement physique absolu. C'est un rodéo qui mouille les tempes et les aisselles. Les mains, légèrement crispées sur le petit volant gainé de daim, sentent la moindre déformation du bitume. Les larges pneus asymétriques se transforment en savonnettes et happent toutes les saletés sur leur passage. Même l'aileron fixe grimpé sur le hayon, censé générer plus de portance sur le train arrière, n'y peut rien. La Cayman R roule sur des billes.
Par temps pluvieux, il faudra donc se méfier. Par temps sec, c'est un régal, car le contrôle dynamique permet de tempérer ses interventions. Tant mieux, puisqu'aux commandes de la Cayman R, on s'imagine très vite pilote. Attention cependant: la répartition des masses peut vous jouer des tours si vous devez lever le pied au milieu d'une courbe à vitesse élevée; le transfert du poids a alors un effet négatif sur le train arrière dont la tentative de dérobade est aussitôt rectifiée par le correcteur de stabilité électronique. Sans lui, la douzaine de Cayman R offertes au moment de la présentation auraient toutes porté les cicatrices d'une sortie de route.
Les réactions de la Cayman R sont franches et prévisibles, mais pour en tirer tout le potentiel, il faut un circuit fermé. C'est d'ailleurs là que nous avons pu mesurer l'étendue de ses capacités. Et là, cette Porsche qui s'était montrée sauvage sur la route, surtout lorsque le revêtement se dégradait, révèle (sur le pavé à peu près lisse du circuit) toute sa vivacité. Son centre de gravité abaissé, ses voies plus larges pour améliorer sa stabilité directionnelle, son différentiel autobloquant, ses amortisseurs plus fermes concourent tous à rendre la conduite plus exaltante encore. Les freins rougissent, la gomme brûle, et l'essayeur a la bouche fendue jusqu'aux oreilles.
À des vitesses réglementaires, on retombe - trop vite - sur terre. La R n'offre guère plus, aux mains d'un non-initié, de sensations qu'une S, vendue plusieurs milliers dollars moins cher.
Les mains sur le volant
Dans sa version R, le six-cylindres à plat de 3,4 litres livre 10 chevaux de plus que sur une Cayman S. Et pour ajouter aux performances, le poids du véhicule a été abaissé de 55 kg et pointe désormais l'aiguille de la pesée à 1295 kg. Un poids bien théorique, comme vous le constaterez plus loin.
Cela dit, rien n'entrave ses envolées vers les hauts régimes. Ce moteur profite ici d'une gestion électronique spécifique, d'un collecteur d'admission redessiné et d'une ligne d'échappement modifiée. Les six rapports de sa boîte de vitesses se laissent aisément guider, mais nous aurions tout de même souhaité un écrin plus moulant. Pour aller plus vite encore, nous vous suggérons de retenir les services de cette boîte à double embrayage baptisée d'un nom à coucher dehors: Porsche DoppelKupplung (PDK). D'une redoutable efficacité, cette PDK ajoute peu de lest (25 kg) au véhicule tout en entraînant un débours supplémentaire. L'important surtout, elle permet de retrancher quelques dixièmes de seconde au temps d'accélération et de consommer l'essence avec plus de modération.
Soyons plus objectif, plus raisonné. La possession de cette Cayman R n'exige pas seulement un sacrifice sur le plan financier. Elle impose aussi l'abolition de certains équipements consacrés au confort. La perte de poids est à ce prix. Ainsi, la Cayman R n'a ni radio, ni porte-gobelets, ni ajustements verticaux pour ses sièges. Pas même de poignées de porte intérieures, puisque celles-ci ont été remplacées par des sangles. Cette Porsche concède très peu au confort et rien au luxe, à moins de vous laisser séduire par les nombreuses (et coûteuses) options qui se trouvent inscrites à son catalogue. Attention toutefois, à chaque article que vous cocherez, vous annihilerez tous les efforts consentis par cette Porsche: celle de réduire son poids.
Malgré tous ces «oublis volontaires», l'univers proposé est bien celui d'une Cayman, à la différence de ce plastique coloré peint de la même couleur que la carrosserie. On y conduit couché, le levier de vitesses près du corps, la pointe des orteils sur les minuscules pédales.
Les défauts de la Cayman R, les (rares) acheteurs potentiels n'en ont cure. Elle est exclusive, radicale, extravagante, donc forcément imparfaite. À leurs yeux, l'essentiel du contrat est rempli: pour peu que vous trouviez un endroit sûr pour l'exploiter, cette Porsche vous chavire littéralement l'eau du ventre. Mais la refonte de ce modèle - et de la Boxster aussi - le printemps prochain promet de le faire tout autant.
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