Une technologie québécoise « cinq fois moins coûteuse » que la pile au lithium-ion et actuellement utilisée au Port de Montréal part à la conquête du monde, avec l’objectif d’aider les grandes villes à atteindre leurs cibles de réduction de gaz à effet de serre (GES) sans se ruiner.

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

Alors que l’urgence climatique est prise au sérieux par de plus en plus d’administrations publiques dans le monde, la société montréalaise Effenco se lance dans la commercialisation d’une motorisation hybride capable de réduire sensiblement les émissions polluantes des véhicules lourds spécialisés, comme les camions-bennes ou les bétonnières. Misant sur des supercondensateurs capables de stocker beaucoup d’énergie pour une courte période de temps, Effenco a conçu une technologie mieux adaptée à des utilisations ininterrompues, comme celles qu’on retrouve dans diverses industries, que les moteurs exclusivement électriques animés par une pile au lithium ion.

« On peut atteindre 3 millions de pointes de puissance. Les batteries, c’est bien pour des automobiles, mais pour des véhicules lourds vocationnels, la charge est beaucoup plus exigeante. Et ce qu’on voit, avec nos premiers tests, c’est que notre solution affiche un coût par tonne de CO2 évitée qui est très abordable », résume David Arsenault, président d’Effenco.

Émissions plus faibles, facture réduite

Les tests en question ont eu lieu l’été dernier, conjointement avec Termont Montréal, qui opère de la machinerie spécialisée au Port de Montréal. Le système d’arrêt-démarrage du moteur d’Effenco permet notamment de continuer à opérer cette machinerie même quand le moteur est éteint. Normalement, les véhicules qui chargent ou déchargent des marchandises, déplacent des conteneurs et ainsi de suite doivent laisser tourner le moteur au ralenti.

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Outre une diminution de 26 % des émissions de CO2, de 39 % des émissions de NOx et de 47 % des émissions de particules fines, les supercondensateurs d’Effenco entraînent des économies de 26 % en carburant, et ont réduit l’utilisation des moteurs de 1404 heures. Du coup, la facture en carburant et en entretien est aussi moins élevée.

Ces résultats réjouissent Termont et le Port de Montréal, mais sont aussi une belle carte de visite pour Effenco, qui souhaite vendre sa technologie ailleurs dans le monde. « On constate une grande ouverture en Europe : à Paris, en Norvège, en Italie, à plusieurs endroits où les cibles et les politiques de réduction des gaz à effet de serre sont plus strictes », explique M. Arsenault. D’ici deux ans, les quelque 150 véhicules sur la route utilisant sa technologie devraient passer à plus de 3000, selon lui. « Notre limite sera notre propre capacité à répondre à la demande assez rapidement », prévient-il, ce qui est en soi un beau problème.

PHOTO FOURNIE PAR EFFENCO

La société montréalaise Effenco se lance dans la commercialisation d’une motorisation hybride capable de réduire sensiblement les émissions polluantes des véhicules lourds spécialisés, comme les camions-bennes ou les bétonnières. 

Du port aux autobus scolaires, il n’y a qu’un pas…

Les véhicules spécialisés ne sont pas aussi visibles sur la route que les automobiles. Mais ils ont un rôle à jouer dans la réduction des émissions de GES de l’industrie. Contrairement à une plus petite voiture, il est plus compliqué, et bien plus coûteux, d’électrifier des camions-poubelles, des camions de livraison ou même des autobus.

C’est pourquoi Effenco a l’œil sur ces marchés, estimant que le coût de sa technologie, par rapport aux bénéfices environnementaux engendrés, est un avantage. « Notre objectif est de réduire les émissions polluantes dès maintenant. Notre technologie est efficace et coûte environ 10 à 15 % du prix normal de ce genre de véhicules. Chaque exemplaire équivaut au retrait de cinq voitures de la route », ajoute son dirigeant.

C’est une approche différente d’autres fabricants québécois, comme la Compagnie Électrique Lion, qui planche sur un autobus et des camions entièrement électriques plus propres, mais plus coûteux. Comme l’indique David Arsenault, « il y a de place pour tous les joueurs dans ce marché ».

Surtout si, comme l’a noté la mairesse de Montréal devant l’ONU la semaine dernière, il y a urgence d’agir…