(Los Angeles) La montée en puissance des véhicules électriques n’est pas seulement une révolution pour les constructeurs, elle change aussi la donne pour les stations-service, les supermarchés et les centres commerciaux, contraints de s’adapter aux nouveaux besoins de leur clientèle,

Ce problème observé notamment au Québec, en Colombie-Britannique et sur les Côtes Est et Ouest des États-Unis, est a fait l'objet d'une conférence au Salon de l'Auto de Los Angeles.

« Je suis dans le secteur des stations-service depuis vingt ans. Il y a encore trois ans, ils ne s’intéressaient pas du tout à la recharge des véhicules électriques », affirme John Eichberger, directeur exécutif du Fuels Institute, association interprofessionnelle du secteur.

De menace à occasion d'affaires

« En fait, ils considéraient que c’était la principale menace pour leur modèle économique, mais maintenant ils se rendent compte qu’il s’agit aussi de leurs clients », a-t-il affirmé lors d’une discussion avec d’autres acteurs du secteur de la distribution.

PHOTO SUNCOR

La société pétrolière albertaine Suncor veut installer une cinquantaine de bornes de recharge rapide pour voitures électriques dans des stations-service d'un océan à l'autre au Canada. Celle-ci est déjà installée Stewiacke, en Nouvelle-Écosse.

Problème pour les stations-service traditionnelles, le temps de charge d’un véhicule électrique est bien supérieur à celui nécessaire pour faire le plein d’essence : vingt à trente minutes minimum, même avec des chargeurs ultra-rapides utilisant du courant continu.

Même en prenant en compte les menus achats effectués en marge du carburant (eau, confiseries, cigarettes…), le temps moyen passé dans une station-service aux États-Unis est d’environ trois minutes et demie, relève M. Eichberger.

Si dans la majorité des cas, la recharge des voitures électriques se fait à domicile ou au travail, les stations classiques (environ 145 000 aux États-Unis) pourraient cependant s’équiper de chargeurs ultra-rapides afin d’attirer des clients.  

Elles proposeraient en parallèle nourriture ou wifi gratuit pour les inciter à rester plus longtemps qu’actuellement et élargir ainsi leur modèle économique, analyse l’expert.

« C’est ce que nous incitons l’industrie à faire. Beaucoup ont commencé et cherchent à comprendre ce que veut leur clientèle », assure John Eichberger.

« Ca va être très compliqué »

« Les chiffres que je vois passer suggèrent que dans vingt ans, 30 % de tous les véhicules en circulation seront des voitures électriques, qui nécessiteront une forme de recharge. Ça va changer nos parcs de stationnement », résume pour sa part Ed Hudson, dirigeant de Kroger, deuxième plus grande chaîne de supermarchés aux États-Unis.

PHOTO IGA

Au Québec, IGA est une des chaînes de supermarchés qui a rapidement misé sur l'installation de bornes pour attirer des clients.

« Le plus important pour nous est de nous assurer que nous serons en mesure de développer notre réseau de stations de recharge pour éviter tout problème » et faire en sorte que la clientèle de Kroger roulant en voiture électrique n’aille pas chez un concurrent mieux équipé.

« Comment allons-nous modifier notre conception de la dépose des passagers ? Où allons-nous mettre toutes ces stations de recharge ? Combien d’entreprises vont essayer d’avoir leur propre système de recharge, comme Tesla ? Ca va être très compliqué », prévoit M. Hudson, qui cite aussi le coût élevé de l’installation de ces stations sur les parkings.

Aux États-Unis, deuxième marché mondial derrière la Chine pour les véhicules électriques, l’essentiel des ventes se concentre dans une dizaine de grandes villes des côtes est et ouest, comme en Californie.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le Marché central de Montréal a plusieurs stationnements avec bornes de recharge, pour sa clientèle roulant en voitures hybrides comme cette Toyota Prius, à gauche. Notez qu'une fois la recharge terminée, le propriétaire a déplacé sa voiture hors de l'aire de recharge.

Des régions « où nous avons de très petits parkings, en raison des prix de l’immobilier très élevés », ce qui limite d’autant les possibilités d’installer des stations, a relevé M. Hudson au salon de l’auto de Los Angeles.

C’est également un gros sujet de préoccupation pour les centres commerciaux, confrontés parfois à de lourdes contraintes contractuelles et réglementaires, a renchéri Daniel Segal, vice-président chargé du développement du groupe Simon Property, numéro un du secteur aux États-Unis.

Plus de 1,18 million de véhicules électriques étaient en circulation aux États-Unis fin mars 2019, selon les statistiques de l’Institut électrique Edison. Les ventes américaines étaient en progression de 81 % en 2018 par rapport à l’année précédente, représentant environ 17 % des ventes totales dans le monde.

Avec La Presse