Coup sur coup, les deux sociétés automobiles les plus actives dans la commercialisation de l’hydrogène au pays ont procédé à des annonces, plus tôt ce mois-ci, parlant du potentiel de cette forme d’énergie… à bord des camions lourds. Alors que des centrales de production et même une station-service ouvrent au Québec, qu’est-ce que ça signifie pour l’avenir de la voiture à hydrogène ?

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

En annonçant la livraison d’une cinquantaine de petites berlines Mirai au gouvernement du Québec, l’an dernier, Toyota Canada espérait sans doute faire mousser l’intérêt tant du public que de l’industrie envers la pile à combustible comme source d’énergie pour le secteur automobile. Il aura toutefois fallu attendre jusqu’au mois dernier pour qu’enfin la première station publique qui vend de l’hydrogène soit officiellement inaugurée, sur le boulevard Hamel, à Québec.

PHOTO AIR LIQUIDE

C'est sur le site de Bécancour du géant français Air Liquide que sera construit une installation produisant de l'hydrogène produit grâce à de l'hydro-électricité québécoise propre. L'hydrogène est généralement produit dans des raffineries de pétrole.

La semaine dernière, Hy2Gen Canada et Greenfield Global, deux entreprises du secteur énergétique, ont dévoilé les plans d’une usine d’hydrogène « 100 % sans carbone » à Varennes, sur la Rive-Sud. À cette centrale de 29 mégawatts s’ajoutera, tôt l’an prochain, le plus gros électrolyseur PEM (« Proton Exchange Membrane ») au monde, à Bécancour. Exploité par Air Liquide, cet électrolyseur produira aussi un hydrogène 100 % décarbonisé.

Bref, tous les morceaux semblent tomber en place pour la naissance d’une infrastructure du transport vert propulsée par l’hydrogène. Non ? « Ce n’est pas si simple », lance Ash Corson, qui dirige les efforts de Toyota dans le développement de l’hydrogène, à partir des labos nord-américains du groupe japonais situés en banlieue de Los Angeles.

PHOTO TOYOTA

En marge du Salon de l’auto de Los Angeles, Toyota a fait la promotion de l'hydrogène dans le camionnage.

En marge du Salon de l’auto de Los Angeles, Toyota faisait plutôt valoir les qualités de ce gaz dans le camionnage. Et peut-être dans les secteurs ferroviaire ou maritime. Bref, tout sauf la voiture. « En fait, on voit une synergie entre les diverses technologies de propulsion, allant des voitures hybrides et électriques aux véhicules plus lourds alimentés par une pile à hydrogène », résume-t-il.

L’hydrogène, c’est du lourd

Deux facteurs motivent cette vision des choses. D’abord, il semble y avoir consensus sur l’efficacité de la pile au lithium-ion dans les voitures et les VUS grand public. Ensuite, aux États-Unis, des États ont mis en place des échéanciers imposant un quota pour que de 3 % à 50 % des camions de classe 8 (les plus gros) soient « entièrement zéro émission », au plus tard en 2030.

Toyota souhaite faire partie de cette transition, et s’est associé à Paccar et à sa marque Kenworth afin de tester sa pile à combustible dans les camions. Le projet Portal en est à sa troisième génération de camion de classe 8, et compte une dizaine d’exemplaires, actuellement en service dans la région du port de Los Angeles.

PHOTO PACCAR

Toyota s’est associé à Paccar afin de tester sa pile à hydrogène dans les camions Kenworth.

Leur format est identique à celui d’un camion au diesel. Leur autonomie dépasse les 480 kilomètres, et il suffit d’une trentaine de minutes pour faire le plein. « C’est le plus gros port en Amérique du Nord, c’est un endroit tout indiqué pour tester la technologie », insiste M. Corson. Sans le dire directement, Toyota avoue être très, très près de l’étape de la commercialisation.

La présence de plusieurs stations d’hydrogène autour de la Cité des Anges n’est pas étrangère à l’apparent succès de l’opération…

Hyundai dans le camionnage également

Le printemps dernier, Hyundai est devenue la première marque automobile à vendre un VUS à pile à hydrogène au Canada. Le Nexo n’est certainement pas un gros vendeur, mais il a permis au groupe coréen de se positionner comme un acteur actif dans ce secteur.

PHOTO HYUNDAI

Le HDC-6 Neptune a été qualifié d’« innovation de l’année » dans le camionnage, par un jury international.

Il y a 10 jours, la technologie à hydrogène de Hyundai a d’ailleurs remporté un prix international… elle aussi du côté des camions commerciaux. Le HDC-6 Neptune a été qualifié d’« innovation de l’année » dans le camionnage, par un jury international composé de 25 représentants du secteur du transport.

Cette reconnaissance motivera sans doute le constructeur coréen à atteindre son objectif, qui est de mettre sur la route 1600 camions à hydrogène d’ici 2025. « C’est une validation de notre approche pour commercialiser avec succès des véhicules à hydrogène partout dans le monde », assure Edward Lee, directeur de la division des camions chez Hyundai.

Hyundai concentre pour le moment ses énergies en Europe, mais le HDC-6 Neptune a fait une première apparition sur le sol nord-américain le mois dernier. Parions qu’on verra des camions lourds propulsés par la technologie de Toyota et de Hyundai sur nos routes avant longtemps… peut-être même avant d’y voir plus de quelques voitures à hydrogène.