Ce printemps, personne ne se bouscule aux portes des concessionnaires automobiles pour s’enquérir des dernières nouveautés ou encore pour déchausser les pneus d’hiver de son véhicule. Encore moins pour répondre à l’appel – de très mauvais goût – lancé par un concessionnaire des Laurentides aux consommateurs de venir attraper « le Corolla virus… on en a plein la cour ».

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

Dans la dernière semaine, des concessionnaires avaient encore espoir de retarder la baisse de clientèle, mais peine perdue. « Jusqu’ici, les doigts d’une main suffisent à dénombrer le nombre de clients venus en concession depuis lundi », soupire un conseiller aux livraisons d’un concessionnaire montréalais.

Les concessionnaires sont des entrepreneurs indépendants et, au-delà des consignes sanitaires à respecter et dans l’attente de mesures gouvernementales claires, le choix de cesser l’activité leur appartient. « On verra ce que le gouvernement autorise », ont répondu laconiquement les concessionnaires contactés par La Presse.

En entrevue avec La Presse, Robert Poëti, président-directeur général de la Corporation des concessionnaires d’automobiles du Québec (CCAQ), confirme que plusieurs concessionnaires ont fermé leurs portes déjà et que d’autres demeurent ouverts pour assurer les services dits essentiels. « Disons qu’une vidange d’huile peut attendre. L’objectif de nos concessionnaires est de s’assurer que les véhicules qui doivent circuler sur nos routes soient fonctionnels et sécuritaires, donc priorité à ce type de réparations. Le rendez-vous pour une vidange d’huile, lui, peut attendre. Par ailleurs, dans certaines localités, certains concessionnaires ont révisé les heures d’ouverture et de fermeture de leur commerce pour accommoder au mieux le personnel soignant et aux services d’aides à la personne. »

Au Québec, déjà quelques concessionnaires ont fermé leurs portes, d’autres fonctionnent avec des effectifs réduits. Outre les services dits essentiels (réparations urgentes), celui de la vente demeure partiellement ouvert pour ces consommateurs qui doivent changer de véhicule ou encore retourner leur location. À ce sujet, rien pour l’heure ne permet de surseoir à cette obligation. « Ce n’est ni le concessionnaire ni le constructeur qui exige que le véhicule en location soit retourné, mais l’institution financière », nuance M. Poëti. Le consommateur a donc l’obligation légale de retourner son véhicule loué à la date prévue au contrat, COVID-19 ou pas.

Quant à l’achat ou la location d’un véhicule (neuf ou d’occasion), les concessionnaires exploitent au mieux les plateformes numériques à leur disposition pour éviter au maximum les contacts avec les clients. À ce sujet, la CCAQ est en pourparlers avec l’Office de la protection du consommateur (OPC) pour alléger certaines dispositions de la loi afin de permettre la signature du contrat de vente au moment de la livraison d’un véhicule à domicile, par exemple.

Des fermetures et des lancements reportés

Au cours de la dernière semaine, plusieurs constructeurs ont annoncé la fermeture de leurs usines. Et la liste des lieux d’assemblage ne cesse de s’allonger pour répondre aux mesures de confinement imposées par divers gouvernements. Pour le moment, ces mesures d’arrêt temporaire de la production ne se feront pas tellement ressentir.

La saison printanière étant la plus fréquentée de toutes, les concessionnaires du Québec disposent depuis déjà près d’un mois d’un stock plus important que de coutume.

Robert Poëti

Des retards sont cependant à prévoir sur des livraisons de modèles spécialement commandés par les consommateurs ou encore sur certaines pièces de remplacement, si la crise perdure.

L’annulation du Salon automobile de Genève, le report de celui qui devait se dérouler dans une dizaine de jours à New York, sans oublier la suppression des évènements et des véhicules destinés à la presse s’ajoutent au casse-tête de l’industrie. Voilà autant de situations hautement préjudiciables pour les constructeurs en cette période de lancement de leurs nouveaux modèles.

La situation est particulièrement dommageable pour les marques qui s’apprêtaient à lancer de nouveaux modèles dans les prochains mois. Déjà, plusieurs distributeurs canadiens en sont à réviser les calendriers d’introduction.