(Paris) Renault a annoncé mercredi la reprise de sa production automobile en France, au lendemain d’une réouverture d’usine chez Toyota, confirmant le redémarrage progressif du secteur après plus d’un mois de pause forcée en raison de l’épidémie de COVID-19.

Daniel ARONSSOHN
Agence France-Presse

La montée en cadence s’annonce toutefois très lente. Les constructeurs ont besoin de temps pour valider les mesures de protection des salariés alors que certains syndicats restent hostiles au retour du personnel dans les usines.

Pour les groupes automobiles, l’idée est surtout de se préparer à la réouverture des concessions, indispensable avant de fabriquer à plein régime.

Trois usines Renault ont entamé leur reprise « cette semaine » : Cléon (Seine-Maritime) qui fabrique des moteurs, Le Mans (Sarthe) qui produit des châssis, et Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) d’où sortent des pièces détachées de réemploi.

Suivra la semaine prochaine l’usine de Flins (Yvelines) qui assemble la citadine électrique Zoe, puis les autres sites « jusqu’à début mai », a indiqué Patrice Haettel, directeur industriel du groupe pour la France.

Il a souligné que cette reprise intervenait après plusieurs semaines de préparation pour établir un protocole sanitaire avec la médecine du travail, en dialogue avec les organisations syndicales.

Les mesures de sécurité incluent la prise de température des salariés à l’entrée de l’usine, le port d’équipements de protection, le nettoyage et la désinfection des postes de travail et la réorganisation des salles collectives.

Le travail a déjà repris mardi dans des conditions similaires chez Toyota à Onnaing (Nord).

PSA (Peugeot, Citroën) est prêt également, mais attend la réouverture des concessions afin d’éviter d’accumuler des stocks coûteux. « Aujourd’hui, le redémarrage des activités commerciales est une condition essentielle au redémarrage de l’activité industrielle », a expliqué un porte-parole.

Le Conseil national des professions de l’automobile (CNPA), qui représente 142 000 entreprises du secteur, dont les concessionnaires, a réclamé mardi « au gouvernement de réunir toutes les conditions nécessaires à un redémarrage rapide de l’activité ».

Rouvrir les concessions

Les constructeurs, inquiets de perdre des parts de marché en temps de crise face aux concurrents étrangers, sont sur la même ligne. En Allemagne, où l’épidémie de COVID-19 a été mieux contrôlée qu’en France, les « showrooms » automobiles ont déjà rouvert.

« Les conditions sanitaires étant réunies, à travers des protocoles très stricts permettant d’assurer un haut niveau de protection de nos salariés, le redémarrage progressif de l’appareil industriel devient une urgente priorité », a estimé mercredi Luc Chatel, président de la Plateforme automobile, qui rassemble les principaux acteurs de la filière.

Mais, a-t-il prévenu, « il doit s’accompagner de l’indispensable redémarrage de la livraison des véhicules à nos clients et de la réouverture du réseau commercial, comme l’a fait l’Allemagne ».

Chez Renault, on est conscient qu’un retour à la normale prendra du temps. « La reprise va se faire de manière extrêmement progressive, avec des effectifs limités, qui vont augmenter progressivement », a expliqué le directeur des ressources humaines pour la France, Tristan Lormeau.

« Les mesures sanitaires théoriques présentées » aux organisations syndicales « sont d’un bon niveau », mais il va falloir « passer de la parole aux actes », a relevé Guillaume Ribeyre, délégué du syndicat CFE-CGC. En matière de « santé des salariés, on n’a pas droit à l’erreur. Encore plus que d’habitude, on doit être très vigilant », a-t-il souligné.

« La priorité, c’est l’apprentissage en situation réelle des nouvelles conditions de travail et non pas les volumes de véhicules qui seront produits », a estimé le syndicat Force ouvrière dans un communiqué. L’objectif est que « tout le monde s’adapte » et de voir si les consignes sanitaires sont compatibles avec les contraintes de la production, a estimé Franck Daoût, délégué du syndicat CFDT.

Mais la reprise ne fait pas l’unanimité. Ce que « la direction a mis en place » en matière de protection sanitaire, « ce n’est pas grand-chose », a déploré Fabien Gâche, délégué de la CGT.