(Tokyo) Le géant automobile japonais Toyota a dit mardi prévoir une sévère chute de son activité en 2020/21 à cause de la COVID-19, tandis que son rival et compatriote Honda est tombé dans le rouge entre janvier et fin mars.

Étienne BALMER
Agence France-Presse

Toyota anticipe un effondrement de 79,5 % de son bénéfice opérationnel sur son nouvel exercice 2020/21 démarré le 1er avril, qui devrait s’élever à 500 milliards de yens (6,6 milliards de dollars canadiens), selon un communiqué.

PHOTO D’ARCHIVES KOJI SASAHARA, AP

Un véhicule Honda devant le siège social de Honda à Tokyo.

Il s’attend aussi à une chute de 19,8 % de ses ventes mondiales en 2020/21, lesquelles devraient totaliser 24 000 milliards de yens (206,8 milliards d’euros au cours actuel).

Toyota compte écouler 8,9 millions de véhicules en 2020/21, contre environ 10,5 millions d’unités en 2019/20, soit une baisse de 14,9 %.

Le groupe n’a pas livré de prévision de bénéfice net annuel, en raison des incertitudes encore trop élevées à l’heure actuelle.

Ces perspectives sombres et inférieures aux attentes des analystes ont aussitôt creusé les pertes de Toyota à la Bourse de Tokyo : son titre a lâché 1,96 % à 6527 yens mardi à la clôture, tandis que l’indice vedette Nikkei a seulement reculé de 0,12 %.

Reprise graduelle espérée

Le groupe table sur une « reprise graduelle » du marché automobile mondial à partir de la deuxième moitié de l’année 2020, pour se retrouver en fin d’année, ou début 2021, à ses niveaux de 2019.

Cependant « l’impact de la COVID-19 étant » très large, significatif et sérieux «, la faiblesse du marché automobile devrait persister pour le moment, a encore prévenu Toyota.

L’environnement de marché a » totalement changé à cause de la pandémie «, qui affecte durement la production comme la demande, avait rappelé Satoru Takada, analyste automobile du cabinet d’études TIW, interrogé par l’AFP avant les résultats de Toyota.

 » Personne ne peut dire à quoi ressemblera l’activité après la tempête «, d’autant qu’il est possible de faire face à de nouvelles vagues dans les mois à venir, a encore prévenu cet analyste.

Comme les autres constructeurs automobiles mondiaux, Toyota a d’abord dû suspendre sa production en Chine en février, mais alors que ses usines chinoises commençaient à redémarrer en mars, il a dû fermer ses sites en Europe et en Amérique du Nord, lesquels rouvrent progressivement ces jours-ci.

Le PDG du groupe, Akio Toyoda, a tenté de faire bonne figure en assurant lors d’une conférence de presse en ligne que son groupe voulait être » un moteur « de la reprise économique mondiale après la pandémie.

 » Nous sommes au point de départ de la renaissance de Toyota «, a-t-il notamment lancé.

Honda encore plus mal

Toyota a plutôt bien résisté en 2019/20, avec un déclin de son bénéfice opérationnel de seulement 1 % à 2442,9 milliards de yens, et des ventes également en repli de 1 % à 29 930 milliards de yens (393,1 milliards de dollars canadiens).

Soutenu par des gains comptables exceptionnels, son bénéfice net 2019/20 s’est apprécié de 10,3 % à 2076,18 milliards de yens (27,3 milliards de dollars canadiens).

Sur son quatrième trimestre, marqué par la crise de la COVID-19, son bénéfice net s’est néanmoins écroulé de 86,2 % sur un an à 63,1 milliards de yens, tandis que son bénéfice opérationnel a chuté de 27,5 % à 384 milliards de yens et son chiffre d’affaires de 8,4 % à environ 7100 milliards de yens.

Sa marge opérationnelle est tombée à 5,4 % au quatrième trimestre, contre 8,2 % sur l’ensemble de l’exercice écoulé. Cet indicateur de rentabilité devrait s’établir à 2,1 % en 2020/21, selon les prévisions actuelles du groupe.

Honda, le numéro deux japonais de l’automobile, a quant à lui publié mardi des résultats 2019/20 en forte baisse, avec notamment une chute de 25,3 % de son bénéfice net annuel, à 455,7 milliards de yens (3,9 milliards d’euros) et une baisse de 6 % de ses ventes, à 14 931 milliards de yens (196,1 milliards de dollars canadiens).

Le groupe a notamment accusé une perte nette et une légère perte opérationnelle sur le dernier trimestre de son exercice écoulé.

Jugeant le contexte actuel » très sévère «, Honda n’a pas livré de prévisions 2020/21 pour le moment, faute de visibilité sur l’évolution de la crise sanitaire.

La situation devrait être encore plus critique pour Nissan, qui était déjà grandement fragilisé avant l’apparition de la COVID-19. L’allié du français Renault doit publier ses résultats annuels le 28 mai, avec très probablement de nouvelles restructurations au menu.