(Warren) Masques et lunettes de sécurité sur le visage, contrôle des températures et lavage de mains à leur arrivée : les employés de l’automobile ont repris lundi le chemin des usines aux États-Unis deux mois après une fermeture pour cause de pandémie de coronavirus.

Jeff Kowalsky avec Luc OLINGA à New York
Agence France-Presse

C’est le premier grand test pour une possible accélération du déconfinement et la reprise de l’activité économique ainsi que le début d’une ère nouvelle dans les usines.

« Il est encore tôt mais nous n’avons pas entendu parler d’incident majeur et les effectifs semblent être au niveau voire au-dessus de ce que nous estimions », a déclaré à l’AFP par courriel Brian Rothenberg, un porte-parole du puissant syndicat UAW (United Auto Workers).

À Warren, au nord de Detroit, où se trouve une usine de production de camionnettes RAM 1500 de Fiat Chrysler (FCA US), les premiers employés sont arrivés peu avant 5 h du matin, heure locale, sous la pluie, pour prendre leur service, ont constaté des journalistes de l’AFP.

PHOTO JEFF KOWALSKY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Des dispositifs de sécurité et de précaution sanitaire étaient installés, tandis que des agents s’assuraient du respect de la distanciation physique et remplissaient un questionnaire permettant de savoir si les ouvriers avaient été en contact récent avec des personnes malades ou s’ils présentaient des symptômes.

« Tout le monde devrait être testé avant d’entrer parce qu’on peut l’attraper ici sans le savoir. On risque notre vie en venant à l’usine », s’inquiétait Theresa Segura, dont le frère a été récemment déclaré positif à la COVID-19.

« Ils [FCA US] vont me contacter dans les prochaines 24 heures pour me dire la marche à suivre pour que je puisse être testée également », a-t-elle poursuivi, expliquant avoir été en contact physique avec son frère.

« Je suis un peu anxieux », a confié Gary Laruante, affirmant être revenu parce qu’il doit subvenir aux besoins de sa famille.  

Le constructeur s’est félicité que « tout le monde a[it] suivi les nouveaux protocoles ; il y avait suffisamment de monde aux chaînes de montage pour démarrer la production ».

Trump chez Ford jeudi

Chez General Motors, le premier constructeur du pays, « les choses se sont passées sans accroc », a affirmé Jim Cain, un porte-parole.

Il a assuré que le constructeur aux quatre marques — Chevrolet, Buick, GMC et Cadillac — avait contrôlé la température des employés et leur avait donné des masques, des lunettes de sécurité et autres équipements de protection personnelle avant de les laisser entrer dans les usines.

Ces derniers ont dû également se laver les mains avec du gel hydroalcoolique et devaient par ailleurs respecter la distanciation, nécessaire aux chaînes de montage où les employés sont souvent côte à côte et face à face dans des périmètres réduits.

Les trois grands constructeurs américains ont noué des partenariats avec des laboratoires et centres de santé pour un diagnostic rapide de leurs employés qui présenteraient des symptômes de la COVID-19.

Le président Donald Trump, qui presse les entreprises de relancer la machine économique, doit jeudi visiter un site Ford, Ypsilanti, au sud-est de Detroit. Ce dernier avait été réaménagé, au plus fort de la pandémie aux États-Unis, pour fabriquer des respirateurs en partenariat avec General Electric.

Retour progressif

La réouverture des usines du « Big Three » de Detroit intervient à un moment où certains États hésitent encore à accélérer le déconfinement, tandis que des sondages montrent qu’une grande partie des salariés redoute de retourner au bureau.

Si elle s’effectue sans survenue de nouveaux cas de contamination, elle pourrait inciter d’autres secteurs encore hésitants à en faire autant.

« La réouverture des usines automobiles est importante pour l’économie, les recettes fiscales, la survie des constructeurs et la stabilisation du marché du travail », estime Art Wheaton, professeur de droit du travail à l’Université Cornell à New York.

La reprise de la production de voitures sera progressive, répètent GM, Ford et Fiat Chrysler, dont l’organisation du travail est en trois-huit.

« Nous redémarrons les opérations avec une équipe. Nous allons ajouter la deuxième équipe, et potentiellement la troisième, dans les prochaines semaines si les conditions le permettent », indique Jim Cain chez GM.

Lundi, 17 sites sur 32 du géant de Detroit ont rouvert, d’après un décompte fourni par l’entreprise, et l’activité devrait reprendre au Canada mardi. Les préparatifs sont en cours pour la réouverture des sites mexicains.

Chez Ford, seules deux équipes ont repris le travail afin de permettre la désinfection régulière des usines, tandis qu’une pause récurrente de 10 minutes est prise chez FCA US pour le nettoyage.

Les constructeurs affirment avoir planifié cette réouverture sur la base des leçons tirées en Asie, en l’occurrence en Chine, où la reprise de la production en février s’est déroulée sans nouveaux cas d’infections.

Près de 40 employés de l’industrie automobile américaine sont morts du coronavirus, selon le syndicat UAW.