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La petite histoire de l'immatriculation

Guy Thibault, historien et auteur du livre L'immatriculation... (Photo : Armand Trottier, La Presse)

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Guy Thibault, historien et auteur du livre L'immatriculation au Québec près d'une De Dion-Bouton, première «machine» immatriculée dans la province.

Photo : Armand Trottier, La Presse

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Raymond Gervais
La Presse

L'exposition jette à la fois un regard sur les débuts de la «machine» (le mot automobile n'existait pas à l'époque) et sur les balbutiements de l'immatriculation au Québec.

En vedette, la première auto immatriculée dans la province en 1906, une De Dion-Bouton 1902 construite en France. Elle fut la propriété de Ucal-Henri Dandurand, riche homme d'affaires de la métropole qui a d'abord fait fortune dans la vente de vêtements pour hommes dans la côte du Beaver-Hall, puis dans la promotion immobilière et dans l'automobile. Le véhicule, «vis-à-vis» nommé ainsi à cause de la position de ses deux banquettes qui se faisaient face, avait été importé de France en 1903 par Dandurand, lequel possédait déjà trois machines. La De Dion-Bouton était propulsée par un moteur monocylindrique à essence refroidi à l'eau, et se dirigeait à l'aide d'une commande à levier sur colonne de direction.

C'est un peu à Dandurand que l'on doit l'immatriculation comme on la connaît aujourd'hui. Fier propriétaire d'une machine décapotable, M. Dandurand a d'abord cherché en 1904 auprès des autorités municipales à faire reconnaître son droit de circuler. Il désirait se procurer un permis au même titre que les propriétaires de voitures tirées par un cheval. À défaut d'un règlement spécifique aux automobiles, la Ville de Montréal lui a remis alors une plaque pour vélo... laquelle lui a permis de circuler à bord de son carrosse sans chevaux. Puis, en 1906, Québec a flairé la bonne affaire et a pris la relève en lui délivrant la première «licence» pour la somme de 1$. L'inscription Q1 peinte à l'arrière du véhicule témoigne de ce fait historique. L'immatriculation était née. À la fin de 1906, le Québec comptait 167 automobiles, alors qu'en Ontario, il y en avait plus de 1000.

Guy Thibault, professeur d'histoire et auteur du livre L'immatriculation au Québec, sera présent lors de l'exposition. En tenue d'époque, il racontera aux visiteurs la petite histoire de l'immatriculation en y ajoutant une touche personnelle et colorée. Il possède notamment une impressionnante collection de vieilles plaques d'immatriculation faites de différents matériaux.

C'est ainsi qu'on apprend que la première plaque d'immatriculation au Québec a été délivrée en 1906. Plaque qui n'en était pas réellement une, puisque c'est Dandurand lui-même qui a peint en jaune le numéro «Q1» à l'arrière de son véhicule rouge. À cette époque, le propriétaire d'une machine devait lui-même confectionner sa plaque d'immatriculation, ce qui explique la variété des matériaux utilisés. On y retrouvait le cuir, le bois, l'acier, en plus de la peinture. Avant 1906, ce sont donc les municipalités qui délivraient les plaques d'immatriculation.

À compter de 1904, la Ville de Montréal a commencé à émettre des permis pour les véhicules moteurs à ses résidants alors qu'ailleurs, on pouvait toujours rouler librement.

Comme le fait remarquer M. Thibault, «ce sont les villes qui ont légiféré et appliqué les premières lois sur l'immatriculation. À Paris, Londres, Denver, Victoria ou Montréal, ce sont des plaques municipales qui ont orné les premiers véhicules. Cette incursion municipale dans le domaine de l'immatriculation n'a duré que deux ans au Québec, soit de 1904 aux premiers mois de 1906. Dans le rapport annuel des finances de la Ville de Montréal, il y est inscrit que 48 «licences» ont été délivrées en 1904, pour une somme de 480$", écrit M. Thibault.

«L'enregistrement obligatoire des véhicules ne fit toutefois pas le bonheur de tous les propriétaires de voiture qui se sentaient parfois estampillés comme des prisonniers. Au point où certains badigeonnaient parfois leur plaque d'huile pour que la poussière de la route s'y agglutine et la rende illisible.»

Ce n'est qu'à partir du 9 mars 1906 que le Québec dans son entier a été soumis à une législation uniforme édictant des règles précises concernant la conduite des véhicules moteurs. Mais comme le précise l'auteur, cette première loi traitait avant toute chose du respect des véhicules à traction animale, de l'obligation pour le propriétaire d'un véhicule de fabriquer ses propres plaques à partir d'une plaquette d'enregistrement, souvent en porcelaine, qui lui était fournie. Lorsqu'une «machine» croisait un cheval, le chauffeur devait s'arrêter pour ne pas effrayer l'animal, se tasser en bordure de la route et au besoin, arrêter le moteur et redémarrer une fois le cheval passé.

C'est en 1908 que l'État s'est chargé de la confection des plaques minéralogiques. Avant d'en arriver à l'aluminium, Québec a expérimenté avec plusieurs matériaux, dont le caoutchouc, la porcelaine, la fibre et l'acier. Ce n'est qu'en 1951 que l'aluminium a été adopté. Les dimensions des plaques n'ont été définitives qu'en 1956, à la suite d'une demande de l'industrie automobile nord-américaine. Au Québec, ce n'est qu'en 1978 que l'on a cessé la production de plaques en paires pour des raisons économiques. Toujours pour la même raison, l'année suivante, Québec a instauré la plaque permanente.

Chauffeurs ivres

De nombreux accidents de la route sont survenus dès l'apparition des premières automobiles. Bien des conducteurs ont eu beaucoup de difficulté à s'adapter à leur nouveau mode de transport. Plusieurs d'entre eux ne détestaient pas lever le coude de temps à autre et ils n'ont pas changé leurs habitudes en troquant le cheval contre la «machine»...

Au début, les propriétaires de chevaux et les automobilistes ne faisaient pas vraiment bon ménage.

«En chaire le dimanche, des curés disaient même que la machine était un engin de l'enfer car elle sentait le feu. Les propriétaires de voitures, eux, disaient que le cheval sentait mauvais, qu'il laissait du crottin partout sur son passage», explique M. Thibault.

Ce dernier raconte qu'en 1906, les déplacements en automobile dans les campagnes étaient difficiles. Sur la route, les fermiers refusaient de céder le passage aux véhicules moteurs et leur bloquaient le chemin en prenant le milieu de la route avec leurs voyages de foin. Dans les villages, les résidants jetaient des clous sur la route pour intimider les propriétaires d'automobiles, qui accumulaient les crevaisons.

À Montréal, c'est au mois d'août 1906 que s'est produit le premier accident mortel impliquant une «machine». L'accident est survenu rue Sainte-Catherine, en face de la pharmacie Gauvin. Son conducteur, un dénommé Atkinson, a été arrêté par la police et accusé du meurtre d'un piéton. La «machine» avait heurté trois piétons sur le trottoir, faisant un mort et deux blessées.

Des plaques anticontraventions

Durant l'ère Duplessis, des plaques portant la lettre «B», puis par la suite, des plaques à petits numéros ont été frappées pour les amis de Duplessis. Ces plaques spéciales octroyaient au détenteur un sauf-conduit pour les contraventions sauf à Montréal, où les policiers ne semblaient pas respecter la directive de Québec, laquelle n'a d'ailleurs jamais été reconnue officiellement par le gouvernement. Plusieurs articles publiés dans La Presse et dans La Patrie en font mention en 1949.

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L’exposition De «Q1» à «Je me souviens», une histoire de l'immatriculation est présentée au musée de Château Ramesay, 280, rue Notre-Dame-Est, dans le Vieux-Montréal, à compter du vendredi 8 juin jusqu’au mardi 2 juillet. Le musée est ouvert tous les jours entre 10h et 16h30 et l’admission est de 8$ pour les adultes et de 5$ pour les enfants. Guy Thibault, auteur du livre L’immatriculation au Québec sera sur place pour répondre aux questions des visiteurs.




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