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Carlos Ghosn se dit injustement accusé

Associated Press, Agence France-Presse

L'ancien président du conseil d'administration du constructeur automobile japonais Nissan a nié mardi avoir quoi que ce soit à se reprocher, en plus de réitérer sa loyauté envers l'entreprise.

Carlos Ghosn a fait ces commentaires lors d'une audience devant un tribunal de Tokyo. Il s'agissait de sa première apparition publique depuis qu'il a été arrêté le 19 novembre et accusé de crimes financiers.

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Des piétons s'arrêtent devant un écran de télévision géant montrant Carlos Ghosn après sa comparution en cour. Photo AFP

S'exprimant d'une voix forte et calme, M. Ghosn a déclaré au juge qu'il est « innocent » et « injustement accusé ».

Les procureurs reprochent à M. Ghosn de ne pas avoir déclaré environ 44 millions US en revenus pendant une période de cinq ans qui s'est terminée en 2015. On le soupçonne aussi d'avoir temporairement transféré à Nissan les pertes qu'il a subies au moment de la crise financière.

M. Ghosn a réfuté une après l'autre les allégations dont il fait l'objet. Il a aussi rappelé qu'il aurait pu quitter Nissan, mais qu'il avait choisi d'y rester.

L'homme d'affaires bien connu s'est présenté devant le tribunal amaigri et menotté. Il portait un complet sombre, sans cravate, et des sandales de plastique. Les policiers lui ont retiré les menottes le temps de l'audience.

Le juge Yuichi Tada a lu les accusations contre lui et dit que, selon lui, M. Ghosn risquait de prendre la fuite ou de cacher des preuves s'il était remis en liberté. Un des avocats de M. Ghosn, Go Kondo, a nié que ce soit le cas, en rappelant que son client est trop connu pour pouvoir se cacher facilement.

Dans un communiqué transmis aux médias avant l'audience, M. Ghosn affirme avoir agi « honorablement et légalement, [...] avec l'approbation des patrons appropriés au sein de la compagnie, dans le seul but d'aider et de renforcer Nissan ».

Il nie également avoir omis de déclarer des revenus obtenus du constructeur automobile.

Cinq choses à retenir de la journée

Affluence record

Dès l'aube, voire avant, les premiers journalistes prennent place devant le centre de détention de Tokyo où « le suspect » est emprisonné, guettant la sortie du moindre véhicule. Vitres teintées, rideaux, plusieurs bus sortent de l'enceinte avant l'heure fatidique sans que l'on sache si M. Ghosn est à bord.

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Un autobus des autorités carcérales japonaises quitte le Centre de détention de Tokyo où Carlos Ghosn est détenu depuis sept semaines, en direction du Palais de Justice où le chef d'entreprise déchu a comparu ce matin. Photo AFP

Des télévisions déploient même des hélicoptères, offrant à leur public une vue aérienne du bâtiment de 12 étages, situé dans le nord de la capitale.

A plusieurs kilomètres de là, devant le tribunal de Tokyo qui se trouve au coeur de la ville, des médias du monde entier et de nombreux curieux affluent aussi dès les premières heures de la matinée, dans l'espoir d'apercevoir le magnat déchu de l'automobile.

Las, les places dans la salle sont très limitées : seule une poignée de journalistes, essentiellement japonais, pourront finalement assister à l'audience, ainsi que 14 heureux élus, tirés au sort sur un total de 1122 personnes venues tenter leur chance.

Un patron amaigri

« Carlos Ghosn Bichara » : l'homme de 64 ans débute l'audience en énonçant son nom, avant de confirmer sa profession, « chef d'entreprise ». Auparavant, des gardes de sécurité avaient enlevé ses menottes et la corde autour de sa taille.

On savait par ses proches qu'il avait maigri, soumis à un régime alimentaire strict à base de riz. L'audience l'a confirmé : il a semblé bien plus mince dans son costume bleu nuit, joues creuses et pommettes saillantes sous ses épais sourcils.

« Il a effectivement perdu pas mal de poids. Son visage paraît bien plus fin », a souligné son avocat Motonari Otsuru.

Carlos Ghosn a semblé amaigri après sept semaines... (Dessin : Nobutoshi Katsuyama, agence Kyodo via Reuters) - image 5.0

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Carlos Ghosn a semblé amaigri après sept semaines de la diète à base de riz servie par les autorités carcérales japonaises..

Dessin : Nobutoshi Katsuyama, agence Kyodo via Reuters

Son regard en revanche est déterminé et sa voix claire et forte, témoignant de sa bonne forme. Au cours des deux heures de comparution, jamais il ne laisse filtrer d'émotion, regard fixé droit devant lui ou au sol. Dans un va-et-vient incessant, journalistes et artistes entrent et sortent de la salle pour transmettre informations et croquis à leur rédaction.  

« M. Ghosn est quelqu'un de très serein, rationnel, qui utilise efficacement les quelque 2 h 30 que l'on passe ensemble régulièrement depuis 50 jours. Il se concentre sur le fond de l'affaire », a décrit M. Otsuru.

Lit occidental

M. Ghosn a été transféré dans une « pièce » plus spacieuse depuis plusieurs semaines et bénéficie d'un lit occidental au lieu d'un futon posé sur le sol, a précisé l'avocat.

Il n'a pas le droit en revanche de recevoir des visites de sa famille, seulement de son équipe de défense et des représentants de la France, du Liban et du Brésil, ses trois pays. Cependant, une fois sa garde à vue écoulée, « si nous en faisons la demande, il est possible que ces visites soient autorisées », a souligné M. Otsuru.  

Lost in translation ?

L'avocat a démenti les propos du fils du PDG de Renault au Journal du Dimanche, selon lesquels la signature d'aveux en japonais, une langue qu'il ne comprend pas, serait la condition pour permettre à M. Ghosn d'être relâché.

« Il doit y avoir un malentendu lié à un manque de confiance dans la traduction, mais tous les documents présentés à M. Ghosn lors des interrogatoires lui sont traduits mot à mot et ligne par ligne en anglais. Des inspecteurs anglophones sont présents et tout est enregistré et filmé sur disque optique Blu-Ray, de sorte que même s'il y a un doute sur l'interprétation cela peut être vérifié », a-t-il détaillé.

« Il est PDG de Renault, il ne va pas s'échapper »

L'audience mardi portait sur les motifs de la longue détention de Carlos Ghosn, qui nie toute malversation. Le juge Yuichi Tada a invoqué un risque de fuite à l'étranger « où il a des bases », et d'altération de preuves.

« Il est PDG de la compagnie française Renault, il est extrêmement connu, cela paraît difficile qu'il s'échappe », a réagi Go Kondo, un membre de son équipe de défense.




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