Toyota grand gagnant de la crise du diesel en Europe 

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L'Europe avait pour l'essentiel échappé à Toyota, mais le scandale dieselgate et la crise de la pollution diesel font que les consommateurs se tournent vers ses motorisations hybrides. Ci-haut, la calandre d'une compacte hybride Auris.

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Agence France-Presse
GENÈVE, Suisse

Joueur marginal en Europe depuis toujours, Toyota semble destiné à sortir grand gagnant de la crise du diesel. Car les automobilistes, inquiets des projets d'interdictions qui menacent les motorisations diesel dans plusieurs villes, se reportent massivement sur des véhicules hybrides, pour le plus grand bénéfice de Toyota, pionnier et leader de ces technologies.

Le groupe japonais, troisième constructeur mondial, qui présente au salon de Genève sa nouvelle berline compacte Auris, reste un acteur secondaire en Europe, avec 4,5 % du marché. Mais la crise du diesel lui donne des ailes.

Les gens fuient le diesel

L'an dernier, il a connu l'une des plus fortes progressions dans l'UE. Ses immatriculations, en hausse de 14 %, ont augmenté trois fois plus vite que le marché (+3,4 %).

«Depuis l'été dernier, on voit des gens en concession qu'on ne voyait pas avant et qui ont toujours roulé en diesel», se réjouit Sébastien Grellier, directeur des relations publiques de la marque pour la France, son deuxième marché en Europe derrière le Royaume-Uni.

Toyota est porté par l'envol des ventes de ses modèles hybrides (+45 % l'an dernier en Europe). Ces motorisations mixtes essence-électrique représentent désormais quatre immatriculations sur dix de la marque en Europe, et même six sur dix en France.

Capture_d_e_cran_2018_03_05_a_10_34_46 Toyota a investi très tôt dans les motorisations hybrides. Photo: Toyota

Le système, que le constructeur fut le premier à industrialiser il y a 20 ans, a déjà équipé 11,5 millions de ses véhicules dans le monde, dont 1,5 million sur la seule année 2017, objectif qu'il avait prévu d'atteindre en 2020.

Cette technologie consiste à ajouter un moteur électrique au moteur essence, pour prendre le relais lors des phases d'accélération, et abaisser ainsi les consommations et émissions de CO2 d'environ 10 à 20 %, pour un coût comparable à celui d'un diesel.

Le VUS Toyota C-HR hybride, un gros succès

Mises en cause pour leurs rejets polluants (particules fines et oxydes d'azote), les motorisations diesel voient leurs ventes chuter en Europe, où les politiques publiques pro-diesel ont cessé depuis l'affaire des moteurs truqués de Volkswagen, révélée en 2015. «De nombreux acheteurs en Europe passent du diesel à l'hybride et Toyota est la première alternative car ils ont la gamme hybride la plus étendue», explique Felipe Munoz, expert automobile de Jato Dynamics.

D'autres constructeurs ont suivi, «comme Suzuki ou Kia, mais Toyota a été le premier et a concentré tous ses efforts à développer et à positionner la technologie comme une bonne alternative» au diesel, poursuit M. Munoz.

Fin 2016, Toyota a aussi lancé un VUS compact, le C-HR, qui connaît un succès considérable sur un segment très porteur. Les ventes de ce modèle en Europe sont aujourd'hui à plus de 90 % en hybride, affirme la marque. Le «succès énorme» de ce véhicule est la première raison de l'envolée des ventes européennes de Toyota, selon M. Munoz.

Salon_auto025 Dans 90 % des cas, les acheteurs européens d+e C-HR le prennent en version hybride. Photo: Édouard Plante-Fréchette, La Presse

Les tout électriques moins attrayants

Les ventes de véhicules 100 % électriques, dont Renault, Nissan, Tesla et BMW sont leaders en Europe, profitent aussi du déclin du diesel, mais à des niveaux inférieurs pour l'instant. Le manque d'infrastructures de recharge et l'autonomie encore limitée des véhicules en réduisent encore l'attrait.

«S'il y a un constructeur qui a profité du «dieselgate», c'est bien Toyota», assure Ferdinand Dudenhöffer, directeur du Center Automotive Research, basé en Allemagne. Il souligne que les constructeurs européens avaient pendant longtemps totalement misé sur le diesel pour réduire les émissions de CO2, sans développer d'alternative.

Mais, pour lui, Toyota «profite aujourd'hui de ses succès du passé» et ne fait plus la course en tête sur l'innovation technologique.

Selon M. Dudenhöffer, «l'hybride léger 48 volts» qui consiste à épauler un moteur thermique avec un puissant alternateur-démarreur, permet désormais de réduire les consommations et émissions de CO2 pour un coût inférieur à l'hybride. De nombreux concurrents, comme Renault et Volkswagen, y ont recours, mais pas Toyota.

Le premier constructeur japonais est aussi devancé par ses rivaux Renault et Nissan sur les véhicules 100 % électriques qui devraient dépasser les ventes d'hybrides au cours de la prochaine décennie. Mais Toyota a annoncé s'y intéresser sérieusement et assure qu'il profitera pour cela de son expérience sur les batteries acquise grâce aux hybrides.

TOYOTA_MAGNET Une Prius V (à g.) et une Prius lors du Salon de l'auto de Détroit en 2016. Photo Reuters



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