(Paris) Avec le triple champion du monde autrichien Niki Lauda, décédé lundi à 70 ans, « le monde de la F1 perd un personnage mais surtout un seigneur », estime son ancien équipier et adversaire français Alain Prost, interrogé par l’AFP mardi.

Agence France-Presse

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Alain Prost et Niki Lauda prennent la pose durant la présentation des McLaren 1984, au circuit du Castellet, en France, le 14 novembre 1983.

« Il y a des champions, des gens avec des palmarès, mais là on perd un seigneur qui ne s’est jamais plaint de quoi que ce soit dans sa vie, de sa condition, de son accident (Lauda était miraculeusement sorti vivant, gravement brûlé, d’un crash le 1er août 1976 sur le circuit du Nürburgring, en Allemagne, NDLR) et qui a toujours avancé », a réagi Prost, « totalement bouleversé, ému et très triste (après) un choc incroyable. »

« Ce sont des sentiments beaucoup plus forts que j’aurais pu imaginer », a-t-il confié. « C’est à peu près 40 ans de ma vie, quelqu’un qui représente beaucoup pour moi. »

« C’est l’idole de ma jeunesse quand j’ai commencé en karting », pendant les années Ferrari, entre 1974 et 1977, quand Lauda a remporté ses deux premiers titres mondiaux (1975 et 1977), explique le quadruple champion du monde.  

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Niki Lauda au volant de sa Ferrari durant le GP de Belgique à Zolder, le 16 mai, 1976. ,

Après, « il y a eu la période d’équipiers qui a été la plus faste et la plus géniale que j’ai jamais connue car il y a ce mélange de succès avec McLaren – lui gagne le championnat en 1984, moi en 1985 –, mais surtout cette relation d’amitié très forte qui s’est crée à ce moment-là. »

Du titre remporté en 1984 par l’Autrichien avec un demi-point d’avance sur lui seulement (le plus petit écart de l’histoire de la F1), « je suis aussi content pour lui qu’il l’ait gagné que si je l’avais gagné moi », se souvient le Français.

« Amitié »

Prost décrit un personnage « extrêmement intelligent », aux réponses « droites, correctes et honnêtes », ce qui n’est pas monnaie courante dans le monde « impitoyable » de la Formule 1, mais aussi prompt à s’amuser, contrairement à l’image qu’il pouvait avoir.

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Niki Lauda durant les essais libres du GP d'Allemagne à Hockenheim le 22 juillet 1977.

« Niki était surnommé l’ordinateur, rappelle son ancien équipier et ami. Cette image lui a collé à la peau alors que c’était loin d’être un ordinateur. C’est quelqu’un qui savait différencier le travail et le privé, qui savait vraiment décompresser et qui m’a appris beaucoup par rapport à ça ».

« Après les GP, j’étais dégouté quand j’avais un incident mécanique ou un truc comme ça et, un soir, il m’a emmené dans une boîte de nuit et on a commencé à boire un ou deux whisky coca, ce qui n’était jamais arrivé dans ma vie », se remémore le Français.

« On a énormément rigolé et il m’a dit : “tu vois, ça sert à oublier ce qui s’est passé et à partir de demain tu ne penses plus jamais à ce qui est derrière. ” C’était sa philosophie : il y a le travail, il y a l’amusement. Depuis cette période, j’ai toujours des cases dans ma vie et je ne mélange pas les choses. Ca, c’est Niki qui me l’a donné. »

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Longtemps après avoir accrochés leurs casques. Niki Lauda et Alain Prost ont « toujours été en relation et ce qui est très, très fort c’est que cette amitié n’a jamais cessé », estime Prost, photographié avec son ami le 26 mai 2013 avant le GP de Monaco.  

Passés après leurs carrières de pilote par différentes fonctions, parfois rivales, sur les paddocks (commentateurs, directeurs d’écurie, conseillers, actionnaires…), « on a toujours été en relation et ce qui est très, très fort c’est que cette amitié n’a jamais cessé », estime Prost.  

« Je ne tournais pas les talons en me disant : “qu’est ce qu’il m’a raconté ? C’était au deuxième degré ? Qu’est-ce qu’il veut dire ? ” Non, Niki, c’était Niki. »