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Autobahn: la fin d'un mythe?

L'idée de rouler, en tout temps, la «pédale... (Photo archives AP)

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L'idée de rouler, en tout temps, la «pédale au métal» sur les autoroutes allemandes est un mythe.

Photo archives AP

Éric Lefrançois
La Presse

Véritables pistes de course mythiques pour plusieurs adeptes du volant, les autobahns allemandes, où la limite de vitesse n'a d'égal que la puissance du moteur sous le capot, sont là pour rester. La population refuse de lever le pied et le gouvernement n'a pas l'intention de forcer les Allemands à le faire, malgré les questions de sécurité routière, d'environnement et des coûts d'entretiens qui surgissent ponctuellement dans le débat public et politique.

Pour être sûr d'attirer l'attention sur sa candidature aux élections allemandes qui se déroulaient cet automne, le chef du Parti social-démocrate (SPD), Sigmar Gabriel, n'a vu qu'une solution: plafonner à 120 km/h la vitesse permise sur les autobahns. La proposition n'a pas fait long feu - son propre parti trouvait lui aussi cette proposition saugrenue -, mais a tout de même eu le mérite de relancer le débat sur les vitesses atteintes sur les autoroutes allemandes.

L'idée n'était pas nouvelle. Le parti des Verts milite depuis plusieurs années déjà en ce sens, mais Sigmar Gabriel voulait se démarquer en précisant que les bénéfices ne se bornaient pas à limiter les émissions de gaz à effet de serre. S'appuyant sur les conclusions de nombreuses recherches réalisées en Europe, le candidat du SPD rappelait, à juste titre, que le fait de fixer une limite de vitesse permettrait de diminuer le nombre de victimes sur les routes tout en économisant le carburant.

L'idée a du bon tant sur le plan de la sécurité que sur celui de l'environnement, mais 80% de la population allemande s'oppose à lever le pied, rapporte un sondage réalisé dans la foulée de la déclaration de Gabriel. Plusieurs soutiennent que le gouvernement devrait plutôt s'attaquer à ce qu'ils estiment être les deux principales causes de mortalité routière: la somnolence et l'alcool. Pas la vitesse.

Reportée au pouvoir, la chancelière Angela Merkel a déjà indiqué qu'elle n'avait pas l'intention de forcer ses concitoyens à ralentir. L'entente passée avec les constructeurs automobiles, qui brident volontairement la vitesse de pointe de leurs produits à 250 km/h, lui suffit. Mais Angela Merkel se garde bien, cependant, de commenter les pratiques de ces mêmes constructeurs, qui proposent de faire sauter ce «verrou électronique» pour rouler encore plus vite.

Des mythes bien ancrés

L'idée de rouler, en tout temps, la «pédale au métal» sur les autoroutes allemandes est un mythe. D'ailleurs, pour des raisons de sécurité ou de pollution sonore, il existe des limites de vitesse - généralement 130 km/h - sur certains tronçons. Ces derniers se trouvent fréquemment près des ponts et des tunnels.

Autre mythe, le taux de mortalité. En Allemagne, l'autobahn n'est pas la plus meurtrière des routes. Entre 1970 et 2012, le nombre d'accidents mortels a considérablement chuté - on est passé de 945 à 387 morts par année. Près de la moitié des accidents mortels est attribuable à une vitesse excessive... Bien qu'il faille se garder de faire des comparaisons directes en raison de la densité de la circulation, de l'état des routes ou encore du climat, les autoroutes allemandes figurent parmi les plus sûres du monde. Les voies rapides les plus dangereuses se trouvent aux États-Unis et en République tchèque, selon les statistiques.

Rappelons qu'à 100 km/h, un véhicule a besoin en moyenne de 40 mètres pour s'immobiliser. À 300 km/h, il lui faut 1 km.

Une autoroute pas comme les autres

L'un des secrets des autoroutes allemandes réside dans leur construction particulière et très stricte. Du revêtement d'asphalte - d'une densité considérablement plus élevée que celle que l'on trouve au Québec, par exemple - au rayon minimum des virages en passant par le degré de déclivité de la chaussée, rien n'est laissé au hasard.

L'objectif demeure toujours le même: réaliser un tracé uniformément plat pour favoriser l'atteinte de vitesses (très) élevées. Un exercice parfois difficile étant donné la topographie de l'Allemagne, mais non insurmontable.

L'autoroute allemande ne compte aucune déclivité abrupte, que des pentes douces. Celles-ci ont été dessinées de manière à améliorer le drainage de la chaussée par temps de pluie pour éviter tout risque d'aquaplanage.

Les autobahns sont également équipées de milliers de caméras et de capteurs qui surveillent en permanence les conditions météorologiques et le flux de circulation. Quand un bouchon se forme ou un accident se produit, l'information est ainsi automatiquement envoyée à un ordinateur central qui diffuse sur les panneaux de signalisation des messages à l'intention des conducteurs.

Toute cette organisation a un coût. Le coût d'entretien d'un kilomètre d'autoroute en Allemagne est estimé à plus de 422 000 dollars par année. Une dépense que le gouvernement allemand a aujourd'hui du mal à assumer. D'après un rapport déposé l'année dernière par les 16 Länder auprès de l'État fédéral, près de 20% des autoroutes, 41% des routes nationales et 46% des ponts situés sur le réseau routier se trouvent dans un état de décrépitude avancée. Et dire que les automobilistes étrangers considèrent souvent l'Allemagne comme un paradis: des autoroutes gratuites, où la vitesse est illimitée.

L'histoire inventée

On raconte que la première autoroute allemande a été inaugurée en 1932 et reliait la ville de Cologne à Bonn. Adolf Hitler, entre autres, n'aimait pas cette histoire. Sous son régime, le tronçon Cologne-Bonn perd son statut et devient une route nationale pour lui permettre d'annoncer en grande pompe à la foire automobile de Berlin de 1933 qu'il allait inventer les autoroutes. Une idée qu'il a eue dans les années 20, souligne son parti, qui omet de préciser qu'un plan similaire avait déjà été présenté.

Sous Hitler, les autobahns n'étaient constituées que de petits tronçons autonomes. À la fin de l'année 1935, le pays ne comptait ainsi pas plus de 108 km d'autoroute contre 3896 huit ans plus tard. Il a fallu attendre la fin de la guerre pour compléter le réseau tel que nous le connaissons aujourd'hui.

À retenir

Le réseau autoroutier allemand est le cinquième plus étendu du monde.

423

Il s'agit, en km/h, de la vitesse de pointe la plus élevée jamais atteinte sur une autoroute allemande.

12 845

C'est le nombre de kilomètres d'autoroutes en Allemagne. Les deux tiers d'entre elles n'ont aucune limite de vitesse.

4

La plupart des autoroutes allemandes comptent quatre voies dont une est réservée aux véhicules d'urgence.

111

Pour faire face à la crise de l'énergie de 1973, le gouvernement allemand impose une limite de vitesse (100 km/h) sur ses autoroutes. Cette mesure a été mise en application pendant 111 jours.

964

Avec ses 964 kilomètres, la A7 est la plus longue autoroute d'Allemagne. Certaines agences de voyages, comme «Autobahn Adventures» aux États-Unis (https://www.autobahnadventures.com/), proposent aux amateurs de venir en Allemagne pour piloter les bolides les plus puissants de la planète sur les autoroutes locales.

Un peu d'allemand

«Ende aller Streckenverbote» (aucune limite ne s'applique) est le panneau de signalisation à surveiller aux abords des autoroutes allemandes avant d'enfoncer l'accélérateur au plancher. Dans le cas contraire, la limite prescrite est de 130 km/h.




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