(Francfort) Le patron de BMW a demandé jeudi au premier ministre britannique Boris Johnson « d’écouter l’économie et d’écouter le peuple » sur le sujet du Brexit, prévenant qu’une sortie de l’UE sans accord était « une situation où tout le monde perd ».

Agence France-Presse

« Un Brexit dur n’est pas dans l’intérêt de l’industrie et du pays », a estimé Harald Krüger lors d’une conférence téléphonique à l’occasion des résultats trimestriels.

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Pout faire une omelette, il faut casser des oeufs, mais le PDG de BMW, Harald Krüeger, suggère à Boris Johnson de ne pas opter pour une sortie de l'Union Européenne sans accord commercial. Ci-haut, le premier ministre en visite dans une ferme du village de St.Brides-Wentlooge, mardi dernier.

« Ecoutez l’économie et écoutez le peuple », a-t-il alors lancé en anglais, interrogé sur son « message personnel » à Boris Johnson, avant de repasser en allemand pour souhaiter « qu’une solution pragmatique soit trouvée qui mettra tout le monde d’accord ».

« Je serais près à aller rencontrer M. Johnson personnellement pour cela », a ajouté le patron de BMW, qui doit passer la main mi-août à l’actuel responsable de la production Oliver Zipse.

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Le premier ministre du Royaume-Uni Boris Johnson.

BMW est concerné par le Brexit : le constructeur allemand exploite une usine de sa marque Mini à Cowley, près d'Oxford, en Angleterre. L'essentiel de la production est exporté et une grande partie de ces exportations sont destinées sans droits de douanes aux pays de l'Union Européenne. Un Brexit sans accord commercial signifierait que les Mini exportées en Europe seraient taxées.

L’industrie automobile met en garde depuis de longs mois contre les risques d’un divorce brutal avec l’UE, et les investissements dans le secteur au Royaume Uni ont d’ores et déjà subi un inquiétant coup d’arrêt au premier semestre en raison des incertitudes.

Entre janvier et juin, les nouveaux investissements annoncés ont fondu à 90 millions de livres (132 millions de dollars CAN), soit un effondrement de 70 %, selon l’Association des constructeurs et des vendeurs automobiles (SMMT).

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Harald Krüeger, le PDG de BMW, à l'usine Mini près d'Oxford.

Ces inquiétudes autour d’un Brexit sans accord sont particulièrement vives depuis l’arrivée au pouvoir la semaine dernière de Boris Johnson qui est prêt à cette éventualité lors de la date prévue de sortie de l’UE le 31 octobre.

Pour la date initialement prévue de sortie du Royaume-Uni de l’UE prévue fin mars, BMW avait anticipé l’interruption estivale de production de son usine d’Oxford pour parer à d’éventuels problèmes d’acheminement des pièces détachées.

Mais « en automne, nous avons le début de production de l’importante Mini électrique » à Oxford et donc « une nouvelle interruption de la production n’est pas prévue » à ce moment là, a indiqué M. Krüger.

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La nouvelle Mini électrique lors de son dévoilement à l'usine d'assemblage de Cowley, près d'Oxford le 9 juillet dernier.

« BMW est préparé pour tous les scénarios » et même « mieux que certains autres » constructeurs, a-t-il toutefois rassuré, évoquant une grande « flexibilité » dans les usines du groupe.

« Nous avons fait des provisions pour le Brexit et sommes bien préparés en ce qui concerne la flexibilité à Oxford et même notre production dans le monde », a ajouté le directeur financier, Nicolas Peter.

Signe de la frilosité du secteur, le constructeur automobile français PSA a rappelé en début de semaine être disposé à fermer son usine britannique de Ellesmere Port et transférer l’activité en Europe continentale si le Brexit tourne mal.