(Paris) Les constructeurs italo-américain Fiat Chrysler et le français PSA avançaient mercredi à grands pas vers leur mariage, une opération à 50 milliards de dollars pour unir leurs forces à l’heure où l’industrie automobile connaît des difficultés.

Pierre DONADIEU avec Luc OLINGA à New York et Céline CORNU à Milan
Agence France-Presse

Selon une source proche du dossier, le conseil d’administration de PSA a donné son feu vert mercredi soir à une alliance avec Fiat-Chrysler (FCA), étape dans la constitution d’un nouveau géant de l’automobile.

Cet accord, qui devait aussi être validé par le conseil d’administration de FCA, prévoit que la gouvernance sera composée de 11 membres, dont six pour le groupe français et cinq pour l’italo-américain, selon la même source.

Selon cette même source, les entreprises pourraient annoncer rapidement qu’elles sont en négociations exclusives, voire confirmer la transaction dès jeudi.  

Plus tôt dans la journée, les deux groupes qui emploient 400 000 salariés dans le monde avaient confirmé être en pourparlers pour créer le numéro 4 mondial du secteur.

La direction de PSA a en tout cas convoqué les représentants des organisations syndicales au comité de liaison du groupe, jeudi matin à 7 h 50 (6 h 50 GMT), a indiqué la CFDT dans un communiqué.  

L’idée de cette alliance semble pour l’heure séduire un large panel d’acteurs.  

Les marchés d’abord, puisque le cours de PSA a progressé de 4,5 % à la Bourse de Paris et que celui de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) a bondi de plus de 9 % à Milan.

Les syndicats ensuite : Force Ouvrière, premier syndicat chez PSA, a souligné une « dynamique industrielle positive » du projet et la CFE-CGC, numéro deux, retient qu’il n’est « pas prévu de fermeture de site en France ».

Le gouvernement français, si réticent il y a quelques mois lorsque FCA a tenté, en vain, de convoler avec Renault, a dit être « particulièrement vigilant » au sujet de l’emploi. Mais l’État, actionnaire à environ 12 % de PSA via BpiFrance, estime aussi que les discussions « confirment le mouvement de consolidation mondiale de l’industrie automobile, qui est nécessaire et dans lequel la France veut prendre toute sa place ».  

Le vice-ministre italien de l’Économie Antonio Misiani a estimé « vital de préserver les sites » dans son pays. Il a souligné dans le même élan qu’il y avait un « changement de paradigme sur le marché automobile avec le passage à l’électrique », rendant « nécessaires de lourds investissements et des regroupements ».

Ces discussions interviennent quelques mois seulement après l’échec d’un projet de fusion entre Fiat Chrysler et Renault, numéro un français de l’automobile.  

Du côté français, on estime que ce projet est différent, avec un « mariage à deux et non pas à trois dont un acteur qui ne voulait pas de l’union », en référence à Nissan, allié de Renault, qui était sceptique.  

Fusion entre égaux ?

Les modalités du mariage restent encore à définir, même si une source proche du dossier a confirmé à l’AFP les informations du Wall Street Journal : à savoir une fusion entre égaux avec échange d’actions, tout en notant que d’autres options étaient également sur la table.

La question potentiellement épineuse du siège de la future entité n’a pas été tranché, mais l’hypothèse des Pays-Bas est sur la table, selon la même source.

Le président du directoire de PSA Carlos Tavares deviendrait directeur général de la nouvelle entité, dont le conseil d’administration serait présidé par le patron de Fiat Chrysler (FCA) John Elkann, héritier de la dynastie Agnelli.

La valorisation boursière de l’entité fusionnée est évaluée à environ 50 milliards de dollars (45 milliards d’euros).

Un tel rapprochement ferait entrer la nouvelle entité dans le collège des mastodontes du secteur derrière Volkswagen, l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi et Toyota.

PSA a vendu 3,9 millions de véhicules l’an dernier, pour un chiffre d’affaires de 74 milliards d’euros. FCA a écoulé 4,8 millions de véhicules, pour 110 milliards d’euros.  Le couple contrôle les marques Alfa Romeo, Chrysler, Citroën, Dodge, DS, Jeep, Lancia, Maserati, Opel, Peugeot et Vauxhall.

A l’heure où le marché automobile mondial est confronté à une conjoncture morose, et à des défis technologiques majeurs liés à l’essor des véhicules électriques, « c’est un remarquable rebondissement pour PSA, qui avait frôlé la mort en 2012 », observe Michael Hewson, analyste du courtier CMC.

Le constructeur n’avait été sauvé de la faillite que par l’entrée à son capital de l’État français et du chinois Dongfeng, au côté de l’autre actionnaire de référence, la famille Peugeot.

Une fusion permettrait à PSA de revenir par la grande porte sur le marché américain grâce aux Jeep et aux pick-up Dodge RAM de son fiancé. Fiat Chrysler de son côté consoliderait ses positions en Europe, où le groupe souffre de n’avoir pas suffisamment renouvelé sa gamme.

Les jeux sont cependant loin d’être faits, avec ce « camarade encombrant » qu’est l’État français, comme le décrit M. Hewson. Dans ses négociations avec Renault, Fiat Chrysler avait rapidement jeté l’éponge, n’ayant pas pu obtenir un engagement du constructeur français, freiné par l’État actionnaire.