(Paris) PSA et Fiat-Chrysler sont en route vers la création d’un nouveau géant mondial de l’automobile, une méga-fusion entre égaux qui doit se faire sans fermeture d’usine, et sous les regards bienveillants mais vigilants des États français et italien.
Les deux constructeurs ont annoncé jeudi être tombés d’accord à l’unanimité sur le principe d’une fusion, en insistant fortement sur les affinités industrielles et l’équilibre entre les fiancés.

Pierre DONADIEU
Agence France-Presse

L’accord définitif pourrait intervenir « dans les prochaines semaines », selon leur communiqué commun.  

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Les emblèmes de Chrysler, Peugeot et Fiat, trois des marques concernées par la fusion PSA-FCA.

Avec 8,7 millions de véhicules vendus par an, la nouvelle entité, qui serait basée aux Pays-Bas, mais resterait cotée à Paris, Milan et New York, deviendrait le n°4 mondial. Elle serait détenue à « 50/50 », les actionnaires des deux groupes se partageant exactement le capital au terme de diverses opérations financières.

FCA distribuerait en particulier à ses actionnaires un dividende exceptionnel de 5,5 milliards d’euros, tandis que PSA cèderait aux siens ses 46 % de parts dans l’équipementier Faurecia.

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La marque RAM passera sous contrôle franco-italien.

Même souci de parité au conseil d’administration : cinq membres seraient nommés par Fiat-Chrysler, cinq par PSA, le onzième étant Carlos Tavares, actuel patron du constructeur français qui deviendrait directeur général de ce nouveau groupe.

John Elkann, le président de Fiat-Chrysler, prendrait la tête de ce conseil.

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Le président du conseil d'administration de Fiat-Chrysler, l'Italien John Elkann (à g.) et le PDG de Groupe PSA, Carlos Tavares, occuperont les mêmes fonctions dans la nouvelle compagnie.

Pour l’heure, l’État français, actionnaire à 12 % de PSA, accueille l’idée avec bienveillance. Lors d’autres fiançailles aussi spectaculaires que rapidement avortées au printemps, cette fois entre Fiat Chrysler et Renault Nissan, Paris-également actionnaire-avait au contraire freiné.

« Je préfère voir Peugeot continuer à se développer, réussir un développement spectaculaire, devenir aujourd’hui le quatrième constructeur automobile mondial avec Fiat plutôt que d’être en dehors de ce mouvement de consolidation automobile qui est absolument indispensable », a souligné le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire.

« Si il y a des économies d’échelle (à réaliser), tant mieux, les deux groupes en bénéficieront, mais l’important est de garantir le niveau d’emploi et d’investissement ici en Italie », a déclaré le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte à l’Agence italienne AGI.

Aucune fermeture d'usine prévue

Les deux groupes ont assuré qu’« aucune fermeture d’usine » n’était prévue.  

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PSA amène à la table ses avancées en électrification. FCA est notoirement en retard à ce sujet. Ci-haut, un VUS Peugeot 3008 Hybride4 au Salon de l'auto de Zurich, en Suisse, aujourd'hui.

La CGT, troisième syndicat, est moins enthousiaste : « On est inquiet pour l’emploi de manière générale, bien sûr, il va y avoir des doublons, et une mise en concurrence des usines et des salariés », craint Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central.

Le siège social aux Pays-Bas, «une magouille fiscale»

Les syndicats sont en revanche unanimes pour critiquer le choix des Pays-Bas : une « magouille fiscale » selon la CGT, une « facilité » pour FO.

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Le petit bureau de FCA en banlieue d'Amsterdam est le siège social fiscal de l'entreprise.

« La même promesse avait été faite lors du rachat d’Opel Vauxhall en 2017 et elle a été tenue », souligne à l’AFP Patrick Michel, secrétaire Force Ouvrière --premier syndicat chez le constructeur-- du comité de groupe monde chez PSA.

En Bourse, les actions des deux constructeurs connaissaient des fortunes radicalement opposées. À 15 h 30 (10 h 30 heure de Montréal) à la Bourse de Milan, Fiat Chrysler bondissait de 8,8 %, tandis qu’à la Bourse de Paris PSA dévissait de 11,9 %.  

«Techniquement, c'est Peugeot qui rachète Fiat»

« La capitalisation boursière de Peugeot est supérieure à celle de Fiat Chrysler. Avec une fusion à 50/50, c’est de fait Peugeot qui rachète techniquement Fiat […]. Le marché prend donc en compte cette situation », a observé auprès de l’AFP Daniel Larrouturou, gérant actions chez Dôm Finance.

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FCA amène comme contrepartie les luxueuses Maserati, comme cette Ghibli 2017, devant une GranTurismo et un VUS Levante, montrés en 2016 au Salon de l'auto de Los Angeles.

PSA et FCA ont évalué à 3,7 milliards d’euros les synergies, c’est-à-dire les économies de moyens générées par leur rapprochement, pour une société dont le chiffre d’affaires consolidé est évalué à 170 milliards d’euros.

Le couple se veut bien assorti. « PSA et Fiat-Chrysler se connaissent très bien et leurs relations sont excellentes, ce qui nous a permis d’avancer rapidement jusqu’à ce stade. Etudier ce partenariat est totalement cohérent avec notre besoin, exprimé depuis longtemps, de renforcer notre industrie connectée », a expliqué Mike Manley, le patron de FCA.

Selon les experts, PSA apporte son expertise en termes d’électrification des véhicules, au moment où les constructeurs doivent s’adapter à des normes plus dures en matière de pollution. Tandis que FCA offre ses rutilantes Alfa Romeo ou Maserati et ses lucratives marques Jeep et RAM.  

La fusion permettrait également au Français de revenir sur le marché américain grâce aux marques américaines de FCA, tandis que ce dernier consoliderait ses positions en Europe, où il est en perte de vitesse. Le constructeur italo-américain a d’ailleurs annoncé jeudi une perte nette de 179 millions d’euros au troisième trimestre, et une baisse de chiffre d’affaires.