Un cube sur roues, le Soul ? Pablo Picasso et Georges Braque, instigateurs du mouvement cubiste, répondraient sans doute oui. Pas Mike Torpey. Styliste chez Kia et créateur des premières esquisses du Soul, celui-ci prétend plutôt qu’il s’agit d’une « caricature d’un sanglier affublé d’un sac à dos ».

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

S'il l'auteur le dit, il faut bien le croire... (même si ce que l’on voit ressemble tout de même étrangement à un cube).

TOUTES LES PHOTOS KIA

Voyez-vous un sanglier affublé d'un sac à dos dans cette voiture ? Nous non plus.

À ses débuts, en 2008, le Soul en a amusé plus d’un avec ses formes équarries. C’était l’époque des Scion Xb (commercialisé alors aux États-Unis), Nissan Cube ou Honda Element. En raison de leur rapport encombrement/habitabilité hors de l’ordinaire, ces boîtes à roulettes se glissaient aisément dans la circulation tout en proposant du volume habitable à faire rougir une limousine, surtout sur le plan de la garde au toit.

Extérieur insolite, espace intérieur exceptionnel

On pourra s’étonner encore longtemps de ses proportions insolites, mais on finira par s’habituer à cette carrosserie qui trouve sa justification dans l’exceptionnelle habitabilité qu’elle procure.

Regardez l'espace dont jouissent les passagers arrière.

Ajoutons aussi que, esthétiquement parlant, le Soul fait meilleure impression « en personne » que sur photo. En fait, ce petit cube vous arrache un sourire dès que votre regard le croise, peu importe la couleur qui l’habille.

Mais les formes de cette drôle de carrosserie (son profil évoque une auto dessinée par un enfant de 3 ans) ont vécu.

Le Soul est le seul survivant de sa lignée. Il faut reconnaître que, sur le plan commercial, il fait plutôt bien, ce qui justifie son maintien au catalogue de la marque. Pour encore combien de temps, voilà la question à laquelle Kia se garde bien de répondre.

Le soleil se couche sur le Soul

La 3e génération du Soul sera sans doute la dernière.

Sans doute plus pour très longtemps, et certains signes laissent croire que cette génération (la troisième) sera sans doute la dernière. Il faut savoir que le constructeur sud-coréen prépare déjà un autre utilitaire urbain, comme le Soul, qui dérivera sans doute assez étroitement du Kona produit par sa société mère, Hyundai.

Celui-ci bénéficiera alors d’un rouage à quatre roues motrices, lequel brille toujours par son absence sur le Soul. Ce dernier est toujours entraîné par ses seules roues avant.

Une plateforme pour un seul modèle

Un autre élément qui laisse penser que ce modèle ne sera pas reconduit dans l’avenir touche la singularité de son architecture. Aucun autre produit du groupe, dit-on, ne partage cette plateforme qui, pour 2020, est assemblée avec des matériaux plus légers et plus résistants dans le but d’offrir une meilleure rigidité et une plus grande résistance à la torsion.

Le Soul visait les jeunes, mais elle n'a pas fait de miracles à ce chapitre.

En outre, le Soul n’est pas parvenu jusqu’ici à capter l’attention – malgré son côté « funky » de la clientèle jeune à laquelle il était destiné.

Selon un responsable de Kia, l’acheteur du Soul a en moyenne plus de 50 ans. Enfin, sur le marché canadien (voir onglet suivant), les éléments les plus « excitants » du Soul n’ont pas été retenus. On pense par exemple à la boîte manuelle ou encore à la mécanique suralimentée par turbocompresseur. La direction canadienne de Kia ne ferme pas la porte à la possibilité de les offrir, mais seulement si la demande le justifie.

Que ce soit ou non la dernière mouture de ce modèle, le Soul a néanmoins plusieurs mérites en dehors de sa ligne atypique. Celle-ci enveloppe une architecture connue et des composants éprouvés.

Aérodynamique médiocre

Les deux véritables défauts de ce genre de carrosserie résident dans le poids et le SCX (surface opposée à l’air multipliée par le du coefficient de pénétration dans l’air), non divulgué, mais assurément médiocre.

Même en le photographiant en contre-plongée, le Soul a l'air d'une boîte.

Ces deux facteurs ont une incidence sur le comportement routier du véhicule, surtout dans les courbes où le Soul manque d’agilité et d’assurance. La direction est plutôt inerte et le châssis, quoique rigide, est paresseux. Et le Soul mériterait aussi des éléments suspenseurs plus fermes (la voiture pompe sur chaussée dégradée) et des pneus plus adhérents, ne serait-ce que pour contenir le sous-virage (le train avant tend à tirer tout droit dans les virages) qui se manifeste dès que la route devient le moindrement sinueuse. Ce sont les seuls véritables reproches que l’on pourra faire à son comportement.

Moteur passable, acoustique améliorée

Côté moteur, ce n’est pas la joie. Le quatre-cylindres de 2 L fait ce qu’il peut, mais les accélérations aussi bien que les reprises demeurent décevantes, d’où la nécessité d’anticiper une côte ou une manœuvre de dépassement.

Avec le 4 cyl. de 147 ch offert au Canada, vaut mieux bien anticiper les dépassements.

Considérant le rapport poids-puissance de ce véhicule, il n’y a pas lieu d’être surpris. Les ingénieurs ont pourtant fait le maximum, y compris ajouter deux rapports « virtuels » à la boîte à variation continue (CVT) pour faire mieux paraître cette mécanique sur le plan de l’accélération, des reprises et de la consommation. Le résultat est plutôt maigre et l’on retient essentiellement la qualité acoustique accrue de ce modèle qui permet d’entretenir une conversation sans élever la voix sur un parcours autoroutier.

Quelques touches de confort

À l’avant comme à l’arrière, les baquets habillés d’un tissu en mousse sont confortables. L’automobiliste aura à s’habituer à une position de conduite légèrement décentrée alors que les passagers arrière apprécieront le dégagement offert. 

Le tableau de bord est d’une facture assez classique.

Contrairement aux lignes extérieures, le tableau de bord est d’une facture assez classique, avec un pupitre central intégrant la chaîne audio, les commandes de ventilation et le levier de vitesse. Plusieurs espaces de rangement ont été aménagés dans l’habitacle, mais on se désole de la qualité de certains plastiques. Rien à redire à la finition, cependant, et le volume du coffre dont le seuil de chargement permet un accès facile et vaste, pour peu que l’on rabaisse les dossiers de la banquette. Mais considérant son profil, le Soul aurait pu se montrer plus astucieux encore.

DISTINCTION

Pas de moteur turbo (ni de boîte manuelle !) au Canada, juste aux États...

La dernière mouture du Soul apparaît autrement plus attrayante aux États-Unis qu’au Canada. Ici, pas de boîte manuelle ni de mécanique suralimentée par turbocompresseur. Seul le tandem 2 litres et boîte CVT se glisse sous le capot de ce modèle. La direction canadienne de Kia défend ce choix en rappelant que celui-ci se base sur une analyse statistique de la génération antérieure. « À peine 5 % de la clientèle optait pour cette mécanique ou cette boîte de vitesse », dit-on.

Électrification

La Kia Soul électrique sera en concession à la fin du mois.

La troisième mouture du Soul est chez les concessionnaires depuis un mois. La version électrifiée, elle, y sera à la fin de juin et se révèle d’emblée la déclinaison la plus intéressante de toutes. Deux configurations de batteries seront offertes : 39,2 kWh et 64 kWh. Celles-ci auront, selon la norme WLTP (World Light-vehicle Test Procedure), une autonomie respective de 276 et 352 km. Ces versions électrifiées seront vendues dans une fourchette de prix allant de 42 595 $ à 51 595 $.

APPEL AUX LECTEURS

La Presse publiera prochainement l’essai des véhicules suivants : Audi Q8, BMW X7 et Z4, Chevrolet Blazer, RAM 1500, Jeep Gladiator, Kia Telluride.

Si vous possédez l’un de ces véhicules ou si vous envisagez d’en faire l’acquisition, nous aimerions bien vous entendre.

FICHE TECHNIQUE - KIA SOUL 2020

Moteur

L4 DACT 2 litres atmosphérique

Puissance : 147 chevaux à 6200 tr/min

Couple : 132 lb-pi à 4500 tr/min

Performances

Rapport poids/puissance : 9,4 kg/ch

Accélération : 8,4 secondes

Vitesse maximale : 180 km/h

Boîte de vitesse

De série : Automatique à variation continue (CVT) avec 8 rapports « virtuels »

Optionnelle : Aucune

Pneus

205/60R16

235/45R18

Capacité du réservoir/essence recommandée

54 litres

Ordinaire

Consommation

9,1 L/100 km

Dimensions

Empattement : 2600 mm, longueur : 4195 mm, hauteur : 1600 mm, largeur : 1800 mm