Près de 10 ans après l’échec commercial du Borrego, son premier utilitaire grand format, Kia remonte sur scène avec le Telluride.

Cherchant activement à élargir sa notoriété (et son portefeuille de modèles), Kia multiplie les dévoilements à un rythme effréné. Parmi ceux-ci : le Telluride, un utilitaire pouvant accueillir jusqu’à huit passagers et qui, sous des apparences flatteuses et une liste d’équipements pléthorique, masque un certain retard technologique.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

PHOTO FOURNIE PAR KIA MOTORS

Cet utilitaire s’inspire des codes esthétiques germaniques, mais parvient à s’affranchir du complexe d’infériorité qui faisait souvent des précédentes Kia des copies un peu maladroites des Audi ou Mercedes.

Il y a longtemps que Kia ne se sent plus condamné à viser le cœur du marché, c’est-à-dire le segment des petits véhicules financièrement abordables. Le constructeur sud-coréen ne cesse en effet de monter en gamme, ce qui lui permet aujourd’hui d’afficher des modèles de plus de 50 000 $ dans ses salles d’exposition. Et de modifier le positionnement habituel de ces véhicules venus d’Asie qui garantissent toujours un rapport prix-équipement avantageux, mais n’offrent plus forcément le tarif le plus bas.

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Kia ne cesse de monter en gamme et peut aujourd’hui vendre des modèles de plus de 50 000 $.

Avec le Telluride, Kia prend le risque d’affiner l’identité visuelle jugée banale liée aux véhicules utilitaires en habillant avec une certaine élégance la carcasse d’un gros « monovolume ». Décidée à proposer « un véhicule coup de cœur, et non un modèle choisi selon des critères purement rationnels », la marque a opté pour un utilitaire oblong qui, sous certains angles, n’est pas sans rappeler un Range Rover ou encore l’étude conceptuelle R1S de Rivian (constructeur américain de véhicules électriques en devenir).

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Avec le Telluride, Kia prend le risque d’affiner l’identité visuelle jugée banale liée aux véhicules utilitaires en habillant avec une certaine élégance la carcasse d’un gros « monovolume ».

De profil, les lignes supérieures sont élancées et de discrètes veines sculptées dans la tôle accentuent l’épaisseur des flancs. Cette simplicité du trait, que l’on retrouve dans la face avant, très typée mais sans surcharge, est jolie à regarder. Reste maintenant à savoir si, contrairement à d’autres créations de Kia, celle-ci ne vieillira pas prématurément.

Identité visuelle

Long de 5 mètres et élancé, cet utilitaire dessiné avec un parti pris d’originalité s’inspire des codes esthétiques germaniques, mais parvient à s’affranchir du complexe d’infériorité qui faisait souvent des précédentes Kia des copies un peu maladroites des Audi ou Mercedes. La marque sud-coréenne cherche visiblement à se forger une véritable identité visuelle.

Le niveau de finition est remarquable et la liste des équipements donne le tournis.

PHOTO KIA MOTORS

Le niveau de finition est remarquable.

Le Telluride fait très bonne impression dès le départ, mais à l’usage, on déplore le manque de support des sièges avant sur de longs parcours.

Le Telluride peut, selon la configuration retenue (baquets ou banquette dans la section médiane), faire grimper huit personnes à son bord.

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Seuls de jeunes enfants trouveront plaisir à s’asseoir dans les « sièges du fond ».

Comme pour tous les véhicules de cette catégorie, l’accès à la troisième rangée (et la sortie) représente un exercice de souplesse. On préfère, de loin, la présence des baquets dans la région médiane pour s’éviter un tour de rein ou ne pas perdre pied dans l’atteinte des « sièges du fond » où seuls de jeunes enfants trouveront plaisir à s’asseoir.

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La présence des baquets dans la région médiane permet de s’éviter un tour de rein lorsqu'on tente d'atteindre les sièges arrière.

Le hayon s’ouvre sur un coffre aux dimensions respectables, même si la concurrence fait parfois mieux (voir dernier onglet). On saluera cependant le fait que le plancher de chargement – une fois le dossier des sièges rabattus – forme une aire plane et que, contrairement à certains concurrents, les appuie-têtes se recroquevillent d’eux-mêmes.

Technologies 

L’arsenal technologique constituant désormais une figure imposée pour tout modèle, Kia n’a pas lésiné. Le Telluride propose, selon les déclinaisons, une kyrielle d’assistants comme le système de prévention du franchissement de ligne, le régulateur de contrôle intelligent, qui maintient automatiquement la distance avec le véhicule qui précède, ou encore le freinage automatique en cas de risque de collision imminent, y compris lors d’une banale manœuvre en marche arrière. Tout y est.

N’en déplaise à ses mensurations superlatives, ce véhicule fait preuve d’une remarquable maniabilité… sauf dans les portions les plus sinueuses de la ville. Les quelque 2 tonnes s’évanouissent presque dès que l’on prend le volant. Pas de sensation d’inertie ni de pesanteur au freinage et de bonnes accélérations. 

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Décidée à proposer « un véhicule coup de cœur », Kia a opté pour un utilitaire oblong qui, sous certains angles, n’est pas sans rappeler un Range Rover.

Mais la consommation de ce V6 de 3,8 litres déçoit, malgré la multitude de raffinements dont il a fait l’objet au fil des ans. Son rendement est certes feutré et discret, mais la concurrence avance des solutions (réduction de la cylindrée, suralimentation et hybridation, par exemple) qui ne font pas bien paraître Kia dans ce domaine. 

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La consommation de ce V6 de 3,8 litres déçoit, malgré la multitude de raffinements dont il a fait l’objet au fil des ans.

Considérant l’expertise accumulée par la marque (électricité, hybridation, suralimentation par turbocompresseur), sans oublier le virage écologique emprunté par la concurrence, Kia n’a ici aucune excuse.

La légère inertie que l’on éprouve parfois au volant procure une sensation de bien-être plutôt que de frustration. Cet utilitaire peut bondir sur ses suspensions, mais, aux commandes de cet utilitaire qui vous installe très haut au-dessus de la route, rien ne semble presser. Plus fermement suspendu que le Palisade (voir plus bas dans cet article), et ce, indépendamment de la dimension des pneumatiques, mais tout aussi silencieux, le Telluride tire pleinement profit d’une boîte de vitesses automatique bien étagée. 

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Le Telluride est mieux suspendu que son frère, le Palisade (ci-haut).

Il fait également preuve d’une agréable stabilité et d’une singulière aisance sur l’autoroute. La répartition des masses place le centre de gravité assez haut et le poids de la bête rend aléatoires les brusques changements d’appui lorsque les virages s’enchaînent sur une route étroite.

Malgré son mode d’entraînement à quatre roues motrices, le Telluride reste incapable de crapahuter sur des terrains accidentés avec des pneus standards et une garde au sol pareille. Les propriétaires ne s’y hasarderont jamais, mais seront rassurés de savoir qu’ils pourront affronter les routes neigeuses sans arrière-pensées. C’est toujours cela de pris.

Des idées de personnalisation

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Plusieurs variations du Telluride exhibant ailes élargies, calandres atrophiées et pare-buffle pour certaines.

Le Telluride est conçu pour jouer sur tous les tableaux. Son constructeur a voulu en apporter la preuve à l’occasion du SEMA Show (un salon consacré aux accessoires automobiles), qui se déroulait à Las Vegas l’automne dernier, en paradant quatre variations du Telluride. Celles-ci exhibent des ailes élargies, des calandres atrophiées et parfois même enguirlandées d’un pare-buffle, accessoire superflu qui est un véritable danger public pour les piétons et pour les cyclistes. En effet, même si chacune de ces déclinaisons semble taillée pour affronter la piste saharienne ou le nord de l’Alaska, parions que, chez nous, elles ne serviront guère plus qu’à escalader les trottoirs.

Le frère ennemi

Le Telluride est un peu plus long et plus large que le Palisade (ci-haut).

Le Telluride de Kia et le Palisade de Hyundai ont été conçus à partir du même moule. Tous deux partagent les mêmes entrailles mécaniques et procurent une expérience de conduite très similaire. Hormis l’esthétique, y a-t-il des différences ? Oui, mais elles sont subtiles et ne se repèrent que si l’on a un ruban à mesurer à portée de main. En effet, le Telluride est un peu plus long et plus large que le Palisade. Résultat : un volume utilitaire légèrement supérieur derrière la troisième rangée. Les occupants de cette dernière profitent également d’un peu plus de dégagement sous pavillon.

FICHE TECHNIQUE

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

Moteur

V6 DACT 3,8 L atmosphérique

291 ch à 6000 tr/min

262 lb-pi à 5200 tr/min

Performances

Rapport poids/puissance : 6,72 kg/ch

Diamètre de braquage : 11,8 m

Capacité maximale de remorquage : 2268 kg

Transmission

Boîte de vitesse de série : automatique à 8 rapports

Boîte de vitesse optionnelle : aucune

Mode d’entraînement : quatre roues motrices sur demande

Capacité du réservoir et essence recommandée : 71 L, ordinaire

Consommation : 11,3 L/100 km

Dimensions : Empattement : 2900 mm Longueur : 5000 mm Hauteur : 1759 mm Largeur : 1990 mm

Pneus : 245/60R18 et 245/50R20