Lamborghini envisageait d’en produire 3500 par année. L’Urus, lancé au début de 2018, a fait beaucoup mieux. L’an dernier, plus de 5000 exemplaires ont été produits dans l’usine redimensionnée de Sant’Agata Bolognese, en Italie, qui continue de tourner à son régime maximum. Sans surprise, les Américains s’emparent de près de la moitié de la production annuelle mondiale, devant la Chine et le Royaume-Uni. Et le Canada dans tout cela ? Il pointe au huitième rang, devant l’Italie…

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

Personne n’a vraiment sursauté en voyant débarquer l’Urus, le dernier-né de Lamborghini. Le petit constructeur italien s’était déjà aventuré sur des territoires aussi éloignés de sa vocation initiale avec le LM002 (1986-1993). Surnommé à l’époque le Rambo des 4 x 4, le LM002 fut produit à 300 exemplaires et l’un de ceux-là se retrouva – un temps – aux mains d’un richissime entrepreneur québécois.

Dès lors, et contrairement aux récentes créations « hautes sur pattes » de Bentley, Maserati, Rolls-Royce ou encore Aston Martin, Lamborghini possède une certaine légitimité dans ce segment qui promet des perspectives de ventes bien plus favorables que les berlines, coupés et autres cabriolets de grand luxe.

PHOTO FOURNIE PAR LAMBORGHINI

Lamborghini possède une certaine légitimité dans ce segment qui promet des perspectives de ventes bien plus favorables que les berlines, coupés et autres cabriolets de grand luxe.

Pour s’adapter à cette nouvelle donne, Lamborghini n’a pas renié sa vocation élitiste (même si l’Urus est le modèle le plus abordable de la gamme), mais s’est résolu tout de même à bousculer quelques sacro-saints principes techniques et non des moindres. À bord de cette italienne frappée d’un taureau furieux, pas de moteur en position centrale arrière ni de V12 atmosphérique, mais un V8 de 4 litres suralimenté, boulonné entre les roues avant. En dépit de ces entorses à l’orthodoxie, l’Urus ne renonce pas au tempérament de feu qui caractérise les productions de la marque. Seulement, l’Urus ratisse large et cherche à convaincre les conducteurs rangés de ces coupés qui nous assoient par terre et qui nous contraignent à voyager sans bagages de se déplacer dorénavant en altitude.

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À bord de cette italienne frappée d’un taureau furieux, pas de moteur en position centrale arrière ni de V12 atmosphérique, mais un V8 de 4 litres suralimenté, boulonné entre les roues avant.

L’attraction exercée par cette Lamborghini pleine de saillies, pesant plus de 2 tonnes, confirme que le haut de gamme automobile s’est définitivement converti aux « camions ». Et comme d’autres utilitaires sportifs avant lui, l’Urus offre simultanément la tenue de route d’une sportive et – pour peu qu’il soit chaussé correctement – les capacités de franchissement d’un vrai tout-terrain.

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L’Urus offre simultanément la tenue de route d’une sportive et les capacités de franchissement d’un vrai tout-terrain.

Une vraie sportive

Contre toute attente, ce modèle offre l’agrément de conduite d’une voiture de sport. Lorsque l’on se hisse – il n’y a pas d’autre mot – à bord de l’Urus, rien ne laisse présager ce salon roulant tendu de cuir et offrant ce qui n’est pas habituel à bord d’une Lamborghini : un espace habitable très vaste, la capacité de franchir un dos-d’âne sans s’automutiler et d’abattre le 0-100 km en moins de 4 secondes. Pour mouvoir l’athlète, le V8 d’une cylindrée de 4 litres du groupe VW a, tout comme l’architecture Evo MLB, été retenu, mais assaisonné à l’arrabbiata par les motoristes de Lamborghini. Pas aussi virevoltant ni efficace au freinage que la Huracan, ni aussi sonore et sauvage qu’une Aventador. L’Urus gratifie le conducteur de bourrades moins virulentes, certes, mais il n’en demeure pas moins que très peu de véhicules de ce gabarit offrent une tenue de route à ce point affûtée, une telle stabilité dans les courbes et des capacités d’accélération aussi généreuses.

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L’attraction exercée par cette Lamborghini pleine de saillies, pesant plus de 2 tonnes, confirme que le haut de gamme automobile s’est définitivement converti aux « camions ».

Ce tour de force doit beaucoup au châssis, particulièrement sophistiqué, et au raffinement des équipements électroniques, en particulier la transmission intégrale d’une exceptionnelle réactivité et une suspension pneumatique avec correcteur d’assiette et tarage variable de l’amortissement. Les seuls désagréments concernent les suspensions, toujours trop fermes, même lorsque l’on opte pour le réglage le plus confortable, et une direction qui manque d’intensité, indépendamment d’un paramètre sélectionné (Strada, Sport et Corsa).

L’Urus est un monument automobile défiant les lois de la physique, mais cela n’interdit pas de s’interroger sur le sens qu’il faut donner à une voiture aussi volumineuse, gourmande (difficile de consommer moins de 18 litres d’essence aux 100 km) et exhalant une inavouable quantité de CO2.

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Très peu de véhicules de ce gabarit offrent une tenue de route à ce point affûtée, une telle stabilité dans les virages et des capacités d’accélération aussi généreuses.

L’essentiel

Modèle : Lamborghini Urus
Prix : à partir de 232 000 $
Moteur : V8 4 litres suralimenté de 650 chevaux et 627 livres-pied de couple
Accélération (0-100 km/h) : 3,6 secondes
Vitesse de pointe : 305 km/h