(San Francisco) Le constructeur de véhicules électriques haut de gamme Tesla va ouvrir une usine géante en banlieue de Berlin, a annoncé son patron Elon Musk mardi, la quatrième après celles du Nevada, de New York et de Shanghai en Chine.

Julie JAMMOT
Agence France-Presse

« J’ai une annonce qui sera probablement bien reçue », a-t-il déclaré après avoir reçu le « Volant d’or » décerné par le journal Bild, et avant de révéler le nom très attendu du pays européen victorieux.

PHOTO TOBIAS SCHWARZ, AFP

Cette photo prise aujourd'hui montre un panneau de signalisation marquant la limite du quartier Freienbrink, dans la municipalité de Grüenheide (Mark), dans le comté d'Oder-Spree, où Teska veut construire une usine. Ce sera plus simple de dire que l'usine est en banlieue de Berlin.

Cette usine « construira des batteries, la motorisation et des véhicules, à commencer par le Model Y », a-t-il précisé plus tard sur compte Twitter.  

Sur scène, le patron milliardaire a loué l’ingénierie allemande, « extraordinaire », « l’une des raisons pour lesquelles nous allons implanter notre méga usine européenne en Allemagne ».

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Freienbrink est à 40 km au sud-est de Berlin,

L’usine Tesla de Berlin comprendra aussi un centre d’ingénierie et de design, parce que « Berlin a certaines des meilleures œuvres d’art au monde », a-t-il ajouté.

À l'avenir, un «Hologramme d'or» ?

Le patron fondateur avait déjà reçu un Volant d’or en 2014. « L’ironie c’est qu’à l’avenir, il n’y aura peut-être plus de volant » a-t-il plaisanté sur scène, suggérant « un hologramme symbolisant l’intelligence artificielle » comme prochain design pour cette récompense.

Tesla représente 30 % du marché européen de voitures électriques à batteries, d’après Matthias Schmidt, un analyste spécialiste de l’industrie automobile.

PHOTO EMMANUEL DUNAND, AFP

Tesla a une part de marché de 30 % du marché européen de voitures électriques à batteries.

Interrogé sur le retard de l’Allemagne en matière de véhicules électriques, Elon Musk a répondu : « Je ne pense pas que l’Allemagne soit très en retard. »

La concurrence fouettera l'industrie allemande

« C’est toujours plus difficile quand il y a encore beaucoup de dynamisme et d’infrastructures en place autour d’une vieille technologie », a-t-il continué. « Quand nous avons commencé chez Tesla, tout le monde pensait que nous étions complètement fous. »

« Cette annonce constitue une bonne nouvelle  pour l’industrie automobile en Allemagne », a commenté Ferdinand Dudenhoeffer, professeur au centre de recherche automobile de l’université de Duisbourg Essen. « La concurrence a toujours permis de faire plus vite et mieux. Donc c’est aussi une bonne nouvelle pour Volkswagen, Daimler et BMW. La décision d’Elon Musk va accélérer l’électromobilité en Allemagne plus rapidement qu’avec 100 sommets organisés par la chancellerie. »

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Les deux Allemands qui flanquaient Elon Musk avaient la concurrence américaine à leurs côtés durant toute la soirée honorant l'industrie automobile à Berlin. Les PDG de BMW, Oliver Zipse, et de Volkswagen, Herbert Diess, ont posé avec le PDG de Tesla, Elon Musk, lors de la remise des Volants d'or.

L’usine Tesla européenne sera située près du « nouvel aéroport », a indiqué Elon Musk, suscitant quelques rires dans le public, car le « Berlin-Brandenbourg » aurait dû être inauguré en 2012, mais son ouverture a été repoussée sine die à cause d’une multitude de malfaçons, notamment en termes de sécurité incendie.  « Nous devons certainement avancer plus vite que l’aéroport », a admis le patron milliardaire.

Un emplacement cher, mais conforme à une marque haut de gamme

Un emplacement « surprenant », reconnaît Ferdinand Dudenhoeffer, « mais pas extravagant », car même si ce choix coûtera sans doute cher au groupe américain en termes de prix des terrains ou de coûts énergétiques, « Berlin a aussi le cachet qui va bien avec une marque haut de gamme. Personne ne peut imaginer Tesla en Pologne ou en Ukraine ».

La date de 2021 a été évoquée pour le début de la production dans cette usine, mais l’expert « n’y croit pas », parce que le constructeur doit « équilibrer ses finances » et que l’usine chinoise « est clairement prioritaire ».

PHOTO HECTOR RETAMAL, AFP

L'usine chinoise de Tesla à Shanghaï.

Tesla a récemment retrouvé la rentabilité, après deux trimestres dans le rouge, et a renouvelé sa promesse de livrer entre 360 000 et 400 000 voitures neuves en tout cette année.

Il s’est aussi félicité des tests de production effectués dans la nouvelle usine géante de Shanghai (environ 865 000 mètres carrés), construite en dix mois et d’une capacité de production annuelle d’au moins 500 000 voitures.  

Cette usine « a été près de 65 % moins chère […] à construire que tout notre système de production du Model 3 aux États-Unis », a expliqué le groupe, dont les objectifs sont de continuer à augmenter ses volumes de ventes et de contrôler ses coûts pour être durablement rentable.

La production du multisegment Model Y doit débuter à l’été 2020 dans toutes ses usines.

De nombreux experts doutent cependant que le constructeur automobile de la Silicon Valley ne remplisse une autre de ses promesse : une voiture complètement autonome, sans conducteur, dès l’année prochaine.  

En avril dernier, Elon Musk a en effet annoncé « avec un grand degré de certitude » le lancement dès 2020 d’une plateforme de réservation de « “robots-taxis” autonomes » (Comme Uber, mais sans les chauffeurs).