À l’instar des autres constructeurs japonais, à l’exception notable de Nissan, Toyota affiche un intérêt mesuré à l’égard des véhicules électriques.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

PHOTO TOYOTA

Un pack-batterie de Toyota Prius hybride rechargeable.

On peut comprendre pourquoi. Toyota s’interroge. D’abord, sur la réelle demande des consommateurs à l’égard de cette technologie imposée souvent par les législateurs.

Interrogations sur le tout électrique

Ensuite, sur les coûts de revient (pour l’industrie et le consommateur), la capacité des batteries, les méthodes de recharge, le recyclage. Toyota a beaucoup de questions, mais encore trop peu de réponses pour se lancer tête baissée dans cette nouvelle aventure, et préfère jouer de prudence.

Le numéro 1 japonais estime, d’une part, que sa technologie hybride a encore de beaux jours devant elle et, d’autre part, que la filière hydrogène présente des perspectives d’avenir encore plus grandes. Pour nous en convaincre, la marque s’apprête à lancer la deuxième génération de la Mirai, une berline classique animée d’une pile à combustible dont les réservoirs plus volumineux lui permettront de parcourir 650 km avant de devoir se ravitailler. 

PHOTO FREDERIC J. BROWN, AFP

L'ingénieure en chef responsable des piles à combustibles chez Toyota Amérique du Nord, Jackie Birdsall, présente la Toyota Mirai à hydrogène lors du Salon de l'auto de Los Angeles, le 20 novembre 2019.

La voiture a également sa place. Pour nous en convaincre, Toyota a exposé au dernier Salon automobile de Tokyo le Spyder e-Racer électrique, un biplace qui donne l’impression de venir des circuits de course, sans oublier le concept LF-30 doté de quatre moteurs électriques (un par roue) alimentés par une batterie de 110 kWh.

Vision plus large

Dans le cadre de sa réflexion, Toyota ne ferme la porte à aucune option, y compris celle qui consiste à transformer son entreprise en un constructeur de motorisation individuelle de masse.

PHOTO MARK RALSTON, AFP

La Lexus LF-30 tout électrique, un prototype présenté au Salon de l'auto de Los Angeles, le 20 novembre 2019.

La direction de Toyota est parfaitement lucide que les gros investissements réalisés dans le domaine des transports en commun dans plusieurs villes du monde contribueront à accélérer le détachement entre le consommateur et l’automobile. La composante utilitaire de l’automobile a pris le dessus sur l’aspect émotionnel. Aujourd’hui, plus que jamais, c’est le budget plutôt que l’image ou le prestige qui détermine le choix de nombreux consommateurs, surtout chez les plus jeunes. Peu importe s’il s’agit d’un véhicule d’occasion ou pas.

Plus d’objection à passer d’une marque à une autre. Il faut se rendre à l’évidence, l’automobile n’est plus vraiment un objet emblématique.

Vendre de la mobilité plutôt qu’un véhicule

Dès lors, comme dans beaucoup de secteurs, l’automobile est en passe de basculer d’un marché de production à un marché de services, estime le numéro 1 de l’automobile japonais. Ce dernier, comme quelques-uns de ses rivaux, entend s’engager sur la voie qui consiste à vendre de la mobilité plutôt qu’un véhicule.

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Le président de Toyota, Akio Toyoda, arrivant à bord d'une e-Palette autonome au Salon de l'auto de Tokyo le 23 octobre 2019.

Un « moyen de transport » connecté et autonome qui se conduit seul et permet de faire mille autres choses pendant le trajet et qui ne présente aucun intérêt d’en être le propriétaire. 

Les athlètes qui participeront aux Jeux olympiques de Tokyo l’an prochain seront les premiers à expérimenter cette autre vision du transport avec l’e-Palette. Cette dernière peut également servir de bureau, de résidence ou encore de boutique.