(Francfort) Rebondissement dans le plus grand procès allemand autour du scandale des moteurs diesels truqués : Volkswagen a proposé vendredi de payer 830 millions d’euros à ses clients en Allemagne, même si les négociations avec l’association regroupant les requérants ont pour l’heure échoué.

Yann SCHREIBER
Agence France-Presse

Cette procédure rassemblant plus de 400 000 personnes demandant réparation pour leurs voitures équipées de moteurs diesels truqués s’était ouverte fin septembre. Le groupe automobile est accusé d’avoir délibérément nui à ses clients en installant à leur insu un logiciel faisant paraître le véhicule moins polluant qu’il ne l’est en réalité.

Vendredi, Volkswagen est venu rompre le silence qui entourait la négociation, entamée en janvier, entre l’association de consommateurs VZBV et le géant de l’automobile : les deux parties sont « parvenues à un accord sur une résolution à l’amiable à hauteur de près de 830 millions d’euros au total », a expliqué un porte-parole dans un communiqué transmis à l’AFP.

Or, cette solution a « échoué » en raison de « revendications exagérées » concernant les honoraires des avocats de la VZBV, a-t-il ajouté.

Quatre ans d’audience ?

Moins de deux heures plus tard côté VZBV, même constat « d’échec » des négociations, mais avec une tout autre justification : « le manque de bonne volonté de la part de Volkswagen de créer un système fiable et transparent » pour la mise en place de l’accord et des paiements aux clients.

« Volkswagen a tout fait pour détruire à nouveau la confiance », a lancé Klaus Müller, président de la VZBV, qui fait office de requérant unique. « Nous allons continuer le procès de toutes nos forces. »

Le géant allemand, lui, persiste et signe : il propose l’accord, et donc « jusqu’à 830 millions d’euros », aux clients même « sans soutien » de l’association de consommateurs.

Sur un site internet mis en ligne vendredi, le constructeur promet « entre 1350 et 6257 euros » par véhicule dépendant de son « type et âge ». L’offre est valable pour les clients habitant en Allemagne au moment de l’achat, enregistrés pour le procès groupé et qui possédant encore actuellement leur voiture équipée d’un moteur EA189 achetée avant le 1er janvier 2016.

Il sera possible « dès fin mars » de « recevoir un devis individuel pour un payement », affirme le groupe.

« Nous sommes convaincus qu’un accord à l’amiable est dans l’intérêt des clients », a expliqué Hiltrud Wernder, directrice juridique de Volkswagen. « La pratique commerciale des avocats des requérants ne doit pas peser sur les clients. »

Sans résolution amiable, ce premier grand procès de consommateurs en Allemagne devrait durer au moins jusqu’en 2023.

Le montant de 830 millions d’euros peut paraître relativement modeste comparé aux 30 milliards d’euros qu’a déjà coûté le dieselgate au constructeur allemand.

À la Bourse de Francfort, la réaction des investisseurs était limitée : le titre perdait 0,95 % à 170,80 euros vers 14 h 50 GMT dans un Dax à l’équilibre.

Amendes, procès

Le scandale à tiroirs remonte à septembre 2015, quand le géant automobile allemand a avoué avoir équipé 11 millions de véhicules de logiciels truqueurs, et il hante depuis l’industrie automobile allemande.

L’essentiel des frais juridiques, amendes et dédommagements a été déboursé par Volkswagen aux États-Unis, notamment pour indemniser les clients pour la reprise de leurs véhicules.

En Allemagne, le constructeur n’a payé pour l’heure que trois amendes d’un total de 2,3 milliards d’euros et conteste avoir causé des dommages aux automobilistes.  

Il reste cependant sous la menace d’une cascade de procédures civiles et pénales : en parallèle de la procédure groupée, des dizaines de milliers de requêtes individuelles ont été déposées, dont une partie ont abouti à des accords extrajudiciaires.

Dans un procès engagé il y a un an, des investisseurs réclament un dédommagement pour la chute spectaculaire du cours en Bourse de l’action dans les jours qui ont suivi les révélations.

Au-delà du front judiciaire, le scandale a accéléré le déclin du diesel et les voitures diesel risquent d’être bannies de plusieurs villes allemandes en raison de leur niveau de pollution en oxyde d’azote (NOx).

Volkswagen tente, lui, de tourner la page en investissant plus de 30 milliards d’euros dans la voiture électrique.