À un moment où les bornes publiques de recharge électrique connaissent une popularité explosive, Ottawa a cru bon de donner un coup de pouce de 2 millions de dollars à une jeune pousse montréalaise qui cherche à simplifier leur déploiement et leur utilisation, tant par les producteurs d’électricité que par les propriétaires de véhicules électriques. 

Alain McKenna 
Collaboration spéciale

Selon les règles du Programme d’infrastructures vertes du ministère des Ressources naturelles d’où elle provient, cette somme égale un investissement privé réalisé en parallèle. Mogile Technologies met donc la main sur 4 millions de dollars, sur un horizon de trois ans, en vue de commercialiser deux technologies liées au transport électrique. La première est un outil permettant aux distributeurs d’électricité de moduler l’offre et le tarif de l’énergie nécessaire pour la recharge, en fonction du moment de la journée et de la semaine ainsi que de la demande anticipée. La seconde prend la forme d’une solution de paiement unifiée compatible avec les divers réseaux publics de bornes présents au Canada.

« On compte notamment Hydro-Québec et BC Hydro comme partenaires, avec qui on travaille déjà sur les premières étapes de mise en place de notre technologie. À terme, notre objectif est de faciliter l’achat et la gestion des véhicules électriques en rendant les réseaux publics de bornes de recharge plus facilement accessibles », résume Simon Ouellette, PDG de Mogile Technologies.

Un PayPal de la recharge électrique

Pour les propriétaires d’un véhicule, les divers réseaux de bornes croisés sur la route sont autant de services concurrents auxquels s’abonner et confier ses informations de paiement. C’est une source d’irritation à laquelle compte s’attaquer Mogile, créateur du site ChargeHub, qui répertorie la plupart de ces bornes publiques.

« Le marché des bornes publiques est très fragmenté et n’a pas fini de l’être. Ce qu’on souhaite, c’est créer un compte centralisé pour éliminer ce problème. »

— Simon Ouellette, PDG de Mogile Technologies

« Ça peut même devenir un outil de vente ou de fidélisation, puisque ça permettrait à un commerçant, par exemple, d’offrir à ses clients l’équivalent d’une carte-cadeau de 500 $ à utiliser sur n’importe quel réseau public », explique M. Ouellette.

Du côté des opérateurs de ces réseaux, il n’existe pas non plus d’outils de gestion centralisés permettant de moduler soit la tarification, soit l’offre énergétique pour l’ensemble des bornes. C’est l’autre solution sur laquelle travaille Mogile Technologies. « Nous sommes présentement au début de la première phase, qui consiste à amasser les données sur l’utilisation des bornes. La phase suivante sera d’uniformiser les données provenant des différents réseaux, puis la phase finale sera de développer les bons algorithmes pour faciliter la prise de décision en prévision de la demande, de la météo, ainsi de suite », conclut l’entrepreneur montréalais.

La recharge publique explose

Si l’on se fie aux plus récentes statistiques en la matière, ces technologies n’arriveront pas trop tôt. La mise en marché de nouveaux modèles de véhicules électriques au pays depuis quelques mois semble faire son effet sur l’utilisation des bornes publiques déjà existantes, qui est en hausse notoire depuis le début de l’année. Chez Hydro-Québec, qui gère les bornes du Circuit électrique, on a compté plus de 100 000 recharges sur ce réseau depuis le début de l’année. À titre comparatif, le Circuit a comptabilisé 118 000 recharges pour l’ensemble de l’année 2018.

La société d’État précise que ses bornes rapides de 400 volts, qui étaient au nombre de quatre l’an dernier, étaient de loin les plus populaires de son réseau. C’est donc plutôt de bon augure pour les quatre autres bornes de 400 V qu’elle vient tout juste d’inaugurer dans le stationnement souterrain du Complexe Desjardins, à Montréal. Cette « superstation » a été réalisée conjointement avec le Mouvement Desjardins, qui compte inaugurer 200 autres bornes d’ici 2021 à travers son propre réseau de caisses populaires situées au Québec et dans l’est de l’Ontario.

« De plus en plus de conducteurs se tournent vers les véhicules électriques et délaissent l’essence au profit de l’énergie propre », se réjouit France Lampron, directrice de l’électrification des transports à Hydro-Québec et présidente du Circuit électrique. « Ce mouvement nous permet d’entrevoir un avenir plus sain tant au niveau de la qualité de l’air, de la santé publique que de notre balance commerciale. »