Il y a deux semaines, Amazon a annoncé avoir passé une commande pour 100 000 camions électriques auprès de Rivian. Pour cette jeune pousse du Midwest américain, c’est le troisième coup d’éclat en six mois, après avoir notamment reçu 500 millions US de Ford en avril dernier. Assiste-t-on à la naissance du prochain Tesla ?

Alain McKenna Alain McKenna
Collaboration spéciale

La clé : cibler le cœur du monde automobile

Pour percer un marché automobile très hostile aux nouveaux venus, Tesla a d’abord ciblé des marchés de niche avec un roadster puis une berline destinés aux amateurs de véhicules de luxe. Pas tout à fait la même chose pour Rivian, qui compte lancer un gros VUS (R1S) puis une camionnette (R1T), tous deux électriques, au cours des deux prochaines années. Puisque 91 % des composants du R1S et du R1T sont partagés, leur production et leur commercialisation sont facilitées. Leur production débutera dès l’an prochain dans une usine située à Normal, en Illinois. Imposants, ces deux modèles, dont le prix de détail démarre à 69 000 $US, ont une autonomie annoncée d’au moins 600 km par charge, et un chrono au 0-100 km/h d’environ 3 secondes.

La camionnette, prochaine frontière de l’électrification

Cela fait plusieurs mois qu’on sait que Tesla planche sur sa propre camionnette électrique. Ce soi-disant « Model B » a été désigné par Elon Musk, PDG du groupe californien, comme le véhicule qu’il a eu le plus de plaisir à conduire. Il est question d’une capacité de remorquage de 136 000 kg (c'est ce que Elon Musk dit), d’une autonomie de 800 km par charge et d’une batterie bonne pour 1,6 million de kilomètres au total. Tout ça pour moins de 65 000 $, promet Tesla. Les berlines de luxe, passe encore, mais que Tesla vienne faire dérailler le marché des camionnettes, c’est quelque chose que Ford ne laissera pas faire. Seul hic, la technologie de Dearborn est en retard, ce qui explique sa prise de participation de 500 millions US dans Rivian, le printemps dernier. Depuis, Ford a publié la vidéo d’un prototype de F-150 électrique remorquant un train pesant plus de 450 000 kg.

Une question de gros sous

Rivian a été fondée en 2009 par Robert « RJ » Scaringe, fraîchement diplômé du prestigieux MIT, sous le nom d’Avera Automotive. L’entreprise a réellement pris son envol en 2017, grâce à un coup de pouce financier du géant industriel japonais Sumimoto. Plus tôt cette année, l’entreprise de 1000 employés a bouclé un financement de 700 millions US mené par Amazon, avant de recevoir un demi-milliard de Ford, puis 350 millions US de l’équipementier américain Cox Automotive, portant son financement total à un peu plus de 1,5 milliard US. Amazon est revenue à la charge le mois dernier en commandant 100 000 camions électriques qui lui seront livrés entre 2021 et 2030.

Une stratégie de production… différente

En 2017, Rivian a acquis à bon prix une ancienne usine de Mitsubishi située à Normal, en Illinois. Cette approche, similaire à celle adoptée par Tesla à ses propres débuts en rachetant l’usine Nummi de GM et Toyota, en Californie, évite à Rivian d’avoir à investir massivement dans une usine toute neuve, ce qui accélérera d’autant sa mise en marché. On sait déjà que les R1S et R1T prendront la route dès l’an prochain, mais le groupe compte commercialiser quatre autres modèles, dont un qui « ne sera pas nécessairement un véhicule », a laissé entendre RJ Scaringe, d’ici 2025. Tous ces véhicules seront de grand format, un créneau où les prix élevés sont plus faciles à justifier, vu la consommation élevée de carburant des modèles concurrents à essence.

Vente directe sans intermédiaire

Comme Tesla aussi, Rivian compte éviter les réseaux de concessionnaires en vendant surtout directement par l'internet. Le constructeur dit avoir quelques dizaines de milliers de précommandes, dont un peu plus de la moitié pour sa camionnette. Le PDG de Rivian a aussi laissé entendre qu’il pourrait proposer un plan de location par abonnement, où les acheteurs pourraient changer de véhicule de temps en temps au cours de l’année. Une telle formule inclurait également l’entretien et les assurances, simplifiant encore un peu plus la tâche des consommateurs.