Hydro-Québec a finalement reçu l’accord de la Régie de l’énergie pour doubler le nombre de bornes de recharge rapide pour véhicules électriques, mais cet accord est assorti d’une condition : la société d’État devra lui prouver périodiquement qu’elle respecte le coût prévu du projet, estimé à 120 millions.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’objectif de la Régie est que cet investissement dans le réseau de distribution ne fasse pas augmenter les tarifs d’électricité de tous les clients d’Hydro-Québec, et notamment de ceux qui n’ont pas les moyens de conduire une voiture électrique.

Hydro affirme que les 1600 bornes à recharge rapide qu’elle veut déployer au cours des 10 prochaines années généreront suffisamment de ventes supplémentaires d’électricité pour financer entièrement le coût du projet. Il n’y aurait donc aucun impact sur les tarifs d’électricité de l’ensemble de la clientèle, a plaidé la société d’État devant la Régie de l’énergie.

Hydro fait le pari que doubler le nombre de bornes incitera plus d’automobilistes à faire la transition vers les véhicules électriques. Le gouvernement québécois s’est donné l’objectif d’avoir 100 000 voitures électriques sur les routes en 2020, soit l’année prochaine. Il y en a actuellement un peu plus de 60 000.

Trop risqué

Après avoir tenu une audience publique pour entendre les avis des représentants des clients, la Régie a opté pour la prudence. Hydro demandait un horizon de 10 ans pour réaliser son projet, ce que la Régie a jugé trop long. Elle oblige donc Hydro à faire un suivi annuel et à lui rendre compte des progrès de son plan de déploiement dans trois ans.

Les risques technologiques liés au projet, de même que le comportement imprévisible des acheteurs de voitures, sont les raisons invoquées par la Régie pour freiner les ardeurs d’Hydro-Québec.

« On peut constater que la Régie a montré son rôle essentiel de chien de garde d’Hydro-Québec Distribution », a commenté Jocelyn Allard, président de l’Association québécoise des consommateurs industriels d’électricité, qui regroupe les grands clients industriels de la société d’État.

Selon lui, si la Régie de l’énergie avait accepté les projections sur 10 ans que présentait Hydro-Québec, « les consommateurs auraient eu à assumer les coûts sans capacité de révision future ».

Une pétition en faveur de la Régie

La décision de la Régie de l’énergie sur les bornes de recharge rapide pourrait bien être sa dernière. Si le projet de loi 34 est approuvé sans changement, Hydro-Québec n’aura plus à faire approuver ses investissements et à estimer leur impact sur les tarifs d’électricité.

Le projet de loi 34 prévoit aussi qu’Hydro-Québec n’aura plus à faire approuver ses hausses de tarifs chaque année par la Régie de l’énergie. La société d’État devra plutôt se présenter tous les cinq ans pour un examen de ses activités.

L’opposition à ce qui est considéré comme l’élimination de réglementation du monopole d’État ne s’apaise pas.

Hier, une pétition signée par 1384 chefs de petites et moyennes entreprises québécoises a été remise au ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles pour réclamer le retrait du projet de loi.

« Les propriétaires de PME sont inquiets », affirme le porte-parole de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), Gopinath Jeyabalaratnam. Selon lui, il y a un consensus au Québec pour dire que la perte de la surveillance de la Régie pourrait coûter plus cher à tout le monde.

Un sondage récent de la FCEI indique que 82 % de ses membres souhaitent au contraire des pouvoirs de surveillance accrus pour la Régie de l’énergie.