Peu importe la discipline dans laquelle ils se sont inscrits, tous les constructeurs automobiles de la planète reconnaissent implicitement qu’il est difficile de réellement quantifier les retombées commerciales de leur engagement. D’une part, le transfert de technologies est aujourd’hui à peu près inexistant. D’autre part, les protagonistes des sports mécaniques « traditionnels » se heurtent à une autre difficulté, peut-être plus délicate encore : un glissement des valeurs.

Éric LeFrançois Éric LeFrançois
Collaboration spéciale

La Formule 1, le NASCAR ou les rallyes apparaissent aujourd’hui comme des symboles dépassés de l’automobile. Toutes ces disciplines, même si elles font usage parfois de motorisations hybrides hautement sophistiquées, s’inscrivent à contre-courant des valeurs montantes, celles qui font rêver pour demain : l’automobile propre.

Une réduction draconienne ou, mieux encore, l’élimination de notre dépendance à l’égard des énergies fossiles dans le cadre de la mobilité individuelle est devenue un élément de positionnement stratégique pour la totalité des marques automobiles.

Dès lors, toutes les épreuves automobiles s’inscrivent en porte-à-faux avec le discours dominant et la communication publicitaire, qui valorise les véhicules « zéro émission ». Toutes, sauf une : la Formule E.

Cette discipline, qui a entrepris sa sixième saison il y a quelques semaines en Arabie saoudite, ne fait sans doute pas courir les foules, mais elle attire assurément les constructeurs. Cette année, deux nouvelles écuries d’usine (Mercedes et Porsche) sont venues s’ajouter aux Nissan, Audi, Jaguar, BMW et DS Automobiles (marque de prestige de Citroën).

La Formule E exerce beaucoup d’attrait pour les constructeurs. D’abord en raison de son coût abordable (une fraction du prix de la Formule 1). Ensuite, explique Allan McNish, directeur d’équipe de l’écurie Audi Sport ABT, « ce que nous apprenons en compétition a un effet direct sur le développement de notre gamme électrique ».

Sans doute, mais plus important encore, la Formule E risque de donner un coup de jeune à un vieil adage de la course automobile : Win on Sunday, sell on Monday. Une victoire est sans conteste profitable à l’image de marque. Mais s’afficher sur la grille de départ d’un e-Prix l’est tout autant, disent les représentants des marques impliquées.